SCÈNE YII1.
DORANTE, LYCAS.
LYCAS , lui présentant un billet.
Monsieur.
DORANTE.
Autre billet.
(Il continue après avoir lu tout bas le billet.)
J’ignore quelle offensePeut d’Alcippe avec moi rompre l’intelligence;Mais n’importe, dis—lui que j’irai volontiers.
Je te suis.
(Lycas rentre, et Dorante continue seul.)
Je revins hier au soir de Poitiers,D'aujourd’hui seulement je produis mon visage,
Pt j’ai déjà querelle, amour, et mariage.
Pour un commencement ce n’est point mal trouvé.Vienne encore un procès, et je suis achevé.
Se charge qui voudra d’affaires plus pressantes,Plus en nombre à la fois et plus embarrassantes,Je pardonne à qui mieux s’en pourra démêler.
Mais allons voir celui qui m’ose quereller *.
l « Je dois beaucoup au Menteur , disoit Molière à Boileau. Lors-qu’il parut, j’avois bien l’envie d’écrire; mais j’étois incertain de ceque j’écrirois : mes idées étoient confuses; cet ouvrage vint les fixer.Le dialogue me fit voir comment causaient les honnêtes gens ; la grâceet l’esprit de Dorante m’apprirent qu’il falloit toujours choisir un hérosdu bon ton ; le sang-froid avec lequel il débite ses faussetés me montracomment il falloit établir un caractère ; la scène où il oublie lui-mêmele nom supposé qu’il s’est donné m’éclaira sur la bonne plaisanterie ;et celle où il est obligé de se battre, par suite de ses mensonges, meprouva que toutes les comédies ont besoin d’ufibut moral. Enfin, sansle Menteur , j’aurois sans doute fait quelques pièces d’intrigue, VÊ-tourdi, le Dépit amoureux ; mais peut-être n’aurois-je pas fait le Mi-santhrope. — Embrassez-moi, dit Despréaux: voilà un aveu qui vautla meilleure comédie. » (Extrait du Bolæana.)
FIN DU SECOND ACTE.