S4 LE MENTEUR.
GÉRONTE.
Tu me courbes encor.
DORANTE.
Si vous ne m’en croyez,
Croyez-en pour le moins Cliton, que vous voyez;
Il sait tout mon secret.
GÉRONTE.
Tu ne meurs pas de honteQu’il faille que de lui je fasse plus de compte,
Et que ton père même, en doute de ta foi,
Donne plus de croyance à ton valet qu’à toi fÉcoute : je suis bon, et, malgré ma colère,
Je veux encore un coup montrer un cœur de père ;Je veux encore un coup pour toi me hasarder.
Je commis ta Lucrèce, et la vais demander;
Mais si de ton côté le moindre obstacle arrive...
DORANTE.
Pour vous mieux assurer, souffrez que je vous suive.
GÉRONTE.
Demeure ici, demeure, et ne suis point mes pas :
Je doute, je hasarde, et je ne te crois pas.
Mais sache que tantôt si pour cette LucrèceTu fais la moindre fourbe, ou la moindre finesse,
Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais;Autrement souviens-toi du serment que je fais :
Je jure les rayons du jour qui nous éclaireQue tu ne mourras point que de la main d’un père,Et que ton sang indigne à mes pieds répanduRendra prompte justice à mon honneur perdu.
SCÈNE IY.
DORANTE, CLITON.
DORANTE.
Je crains peu les effets d’une telle menace.
CLITON.
Vous vous rendez trop tôt et de mauvaise grâce;
Et cet esprit adroit, qui l’a dupé deux fois,
Revoit en galant homme aller jusques à trois :