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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE IV. 85

Toutes tierces, dit-on, sont bonnes ou mauvaises 1 .

DORANTE

Cliton, ne raille point, que tu ne me déplaises :

D’un trouble tout nouveau j’ai l’esprit agité.

CLITON.

N’est-ce point du remords d’avoir dit vérité?

Si pourtant ce n’est point quelque nouvelle adresse;

Car je doute à présent si vous aimez Lucrèce 2 ,

Et vous vois si fertile en semblables détours.

Que, quoi que vous disiez, je l’entends au rebours.

DORANTE.

Je l’aime; et sur ce point ta défiance est vaine :

Mais je hasarde trop, et c’est ce qui me gêne.

Si son père et le mien ne tombent point d’accord,

Tout commerce est rompu, je fais naufrage au port.

Et d’ailleurs, quand l’affaire entre eux seroit conclue,

Suis-je sûr que la fille y soit bien résolue?

J’ai tantôt vu passer cet objet si charmant :

Sa compagne, ou je meure, a beaucoup d’agrément.Aujourd’hui que mes yeux l’ont mieux examinée,

De mon premier amour j’ai l’ame un peu gênée ;

Mon cœur entre les deux est presque partagé 3 ;

Et celle-ci l’auroit, s’il n’étoit engagé.

CLITON.

Mais pourquoi donc montrer une flamme si grande,

Et porter votre père à faire une demande?

DORANTE.

H ne m’auroit pas cru, si je ne l’avois fait.

t Cette plaisanterie est tirée de l’opinion où l’on était alors que letroisième accès de fièvre décidait de la guérison ou de la mort. (V.)

2 On ne sait, en effet, qui Dorante aime ; il ne le sait pas lui-même :c'est une intrigue où le lecteur n’a aucune part. Dorante, Lucrèce etClarice prennent si peu de part à cet amour, que le spectateur n’yprend aucun intérêt. C’est un très grand défaut, comme on l’a déjàdit ; et l’intrigue n’est point assez plaisante pour réparer cette faute •:lu pièce ne se soutient que par le comique des menteries de Dorante.,

(V.)

* Cela seul suffit pour refroidir la pièce. S’il ne se soucie d’aucun*,,qu’importe celle qu’il aura! {V.)