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92 LE MENTEUR.
CLARICE, à Dorante.
Comme elle est mon amie, elle m’a tout appris.
Cette nuit vous l’aimiez, et m’avez méprisée.
Laquelle de nous deux avez-vous abusée?
Vous lui parliez d’amour en termes assez doux.
DORANTE.
Moi! depuis mon retour je n’ai parlé qu’à vous.
CLARICE.
Vous n’avez point parlé cette nuit à Lucrèce?
DORANTE.
Vous n’avez point voulu me faire un tour d’adresse?
Et je ne vous ai point reconnue à la voix?
CLARICE.
Nous diroit-il bien vrai pour la première fois?
DORANTE.
Pour me venger de vous j’eus assez de malicePour vous laisser jouir d’un si lourd artifice,
Et, vous laissant passer pour ce que vous vouliez,
Je vous en donnai plus que vous ne m’en donniez.
Je vous embarrassai, n’en faites point la fine.
Choisissez un peu mieux vos dupes à la mine :
Vous pensiez me jouer ; et moi je vous jouois,
Mais par de faux mépris que je désavouois :
Car enfin je vous aime, et je hais de ma vieLes jours que j’ai vécu sans vous avoir servie.
CLARICE.
Pourquoi, si vous m’aimez, feindre un hymen en l’air,
Quand un père pour vous est venu me parler ?
Quel fruit de cette fourbe osez-vous vous promettre V
LUCRÈCE, à Dorante.
Pourquoi, si vous l’aimez, m’écrire cette lettre?
DORANTE, à Lucrèce.
J’aime de ce courroux les principes cachés.
Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez.
Mais j’ai moi-même enfin assez joué d’adresse;
Il faut vous dire vrai, je n’aime que Lucrèce.
CLARICE , à Lucrèce.
Esl-il un plus grand fourbe! et peux-tu l’écouler *?
1 Elle devait lui dire ; Je suis Clarice , c'est mon nom, et vous avezcru que je m'appelais Lucrèce. (V.)