ACTE V, SCÈNE VI. 95
DORANTE, à Lucrèce.
Quand vous m’aurez ouï, vous n’en pourrez douter.
Sous votre nom, Lucrèce, et par votre fenêtre,
Clarice m’a fait pièce, et je l’ai su connoitre :
Comme en y consentant vous m’avez affligé,
Je vous ai mise en peine, et je m'eu suis vengé.
LUCRÈCE.
Mais que disiez-vous hier dedans les Tuileries?
DORANTE.
Clarice fut l’objet de mes galanteries...
CLARICE, à Lucrèce.
Veux-tu longtemps encore écouter ce moqueur?
DORANTE , à Lucrèce.
Elle avoit mes discours, mais vous aviez mon cœur,
Où vos yeux faisoient naître un feu que j’ai fait taire,
Jusqu’à ce que ma flamme ail eu l’aveu d’un père :
Comme tout ce discours n’étoit que Action,
Je cachois mon retour et ma condition.
CLARICE, à Lucrèce.
Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse,
Et ne fait que jouer des tours de passe-passe *.
DORANTE, à Lucrèce.
Vous seule êtes l’objet dont mon cœur est charmé.
LUCRÈCE, à Dorante.
C’est ce que les effets m’ont fort mal confirmé.
DORANTE.
Si mon père à présent porte parole au vôtre,
Après son témoignage, en voudrez-vous quelque autre * ?LUCRÈCE.
Après son témoignage il faudra consulterSi nous aurons encor quelque lieu d’en douter.
t Passe-passe ; cette expression populaire ne paraît-elle pas ici dé-placée \ (T.)
2 De pareils dénouements sont toujours froids et vicieux, parcequ’ilsn’ont point ce qu’on appelle la péripétie : ils n’excitent aucune sur-prise ; il n’y a ni comique ni intérêt. Si mon père consent à mon ma-riage, y consentez-vous ? Oui . Ce n’est pas la peine de faire cinq actespour amener quelque chose de si trivial ; et, encore une fois, le carac-tère du Menteur est l’unique cause du succès. (V.J