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ACTE II, SCÈNE III.
Ma vie est presque usée, et ce reste inutileChez mon frère avec vous trouvoit un sûr asile :
Mais voir, après douze ans et de soins et de maux,
Un père vous ôter le fruit de mes travaux !
Mais voir votre couronne après lui destinéeAux enfants qui naîtroient d’un second hyménée!
A cette indignité je ne connus plus rien ;
Je me crus tout permis pour garder votre bien LRecevez donc, mes iils, de la main d’une mère,
Un trône racheté par le malheur d’un père.
Je crus qu’il lit lui-mème un crime en vous l’ôtant,
Et si j’en ai fait un en vous le rachetant,
Daigne du juste ciel la bonté souveraine,
Vous en laissant le fruit, m’en réserver la peine,
Ne lancer que sur moi les foudres mérités,
Et n’épandre sur vous que des prospérités !
ANTIOCHUS.
Jusques ici, madame, aucun ne met en doute 1 2Les longs et grands travaux que notre amour vous coûte ;
Et nous croyons tenir des soins de cet amourCe doux espoir du trône aussi bien que le jour 3 ;
Le récit nous en charme, et nous fait mieux comprendreQuelles grâces tous deux nous vous en devons rendre :
Mais, afin qu’à jamais nous les puissions bénir,
Épargnez le dernier à notre souvenir ;
Ce sont fatalités dont l’ame embarrassée 4 5A plus qu’elle ne veut se voit souvent forcée s .
Sur les noires couleurs d’un si triste tableau
1 II fallait, pour vous garder votre bien. (Y.)
2 Ce discours d’ Antiochus est d’une bienséance qui lui gagne tousles cœurs, — S'il y a notre amour ( toutes les éditions le portant), c’est,un barbarisme : notre amour ne peut jamais signifier l’amour que vousavez pour nous : s’il y a votre amour , il peut signifier l’amour de Cléo-pâtre pour ses enfants. ( V.)
3 Un doux espoir du trône qu’on tient du soin d’un amour ! (Y,)
4 II faudrait au moins des fatalités; mais des fatalités dont l’ame■est embarrassée; une femme qui débute sans raison par avouer à sesenfants qu’elle a tué leur père, doit leur causer plus que de l’em-barras. (Y.) .
5 Souvent est de trop. (Y j • • . '