I U RODOGUNE.
11 faut passer l’éponge ou tirer le rideau 1 :
Un fils est criminel quand il les examine;
Et, quelque suite enfin que le ciel y destine 8 ,
J’en rejette l’idée, et crois qu’en ces malheursLe silence ou l’oubli nous sied mieux que les pleurs.
Nous attendons le sceptre avec même espérance :
Mais si nous l’attendons, c’est sans impatience;
Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents ;
(Test le fruit de vos soins, jouissez-en longtemps :
Il tombera sur nous quand vous en serez lasse ;
Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce ;
Et l’accepter sitôt semble nous reprocherDe n’ctre revenus que pour vous l’arracher.
SELEUCUS.
J'ajouterai, madame, a ce qu’a dit mon frère 1 2 3Que, bien qu’avec plaisir et l’un et l’autre espère 4 ,
L’ambition n’est pas notre plus grand désir 5 .
Régnez, nous le verrons tous deux avec plaisir;
Et c’est bien la raison que pour tant de puissanceNous vous rendions du moins un peu d’obéissance 6 ,
Et que celui de nous dont le ciel a fait choixSous votre illustre exemple apprenne l’art des rois.
CLEOPATRE.
Dites tout, mes enfants; vous fuyez la couronne,
Non que son trop d’éclat ou son poids vous étonne ;
1 On sent assez que cette alternative d 'éponge et de rideau fait unmauvais effet: il ne faut employer l’alternative que quand on proposele choix de deux partis; mais on ne propose point, en parlant à sareine et à sa mère, le choix de deux expressions. De plus, ces expres-sions un peu triviales ne sont pas dignes du style tragique. Il en fautdire autant de la suite que le ciel destine à ces noires couleurs. (Y.|
2 Le ciel qui destine une suite! ("V.)
# Séleucus ne parle pas si bien que son frère ; il dit, f ajouterai, etil n’ajoute rien. (Y.)
* Que bien qu’avec est trop rude à l’oreille; on ne dit point, et. Vu»et Vautre, à moins que le premier et ne lie la phrase. (Y.)
J > L’ambition est une passion, et non un désir. (V.)
® C’est bien la raisort est du style de la comédie. Pour tant depuissance ne forme pas un sens net; est-ce pour la puissance delàreine! est-ce pour la puissance de ses enfants, qui n’en ont aucune!est-ce pour celle qu'aura l’un d’eux! (Y,)