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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE III.

L’unique fondement de cette aversion,

C’est la honte attachée à sa possession.

Elle passe à vos yeux pour la même infamie,

S’il faut la partager avec notre ennemieEt qu'un indigne hymen la fasse retomberSur celle qui venoit pour vous la dérober 2 .

O nobles sentiments d’une aine généreuse!

O lils vraiment mes fils! ô mère trop heureuse!

Le sort de votre père enfin est éclairci ;

Il étoitinnocent, et je puis l’être aussi;

Il vous aima toujours, et ne fut mauvais pèreQue charmé par la sœur, ou forcé par le frère;

El dans cette embuscade où son effort fut vain,

Rodogune, mes lils, le tua par ma main 3 .

Ainsi de cet amour la fatale puissanceVous coûte votre père, à moi, mon innocence 4 ;

Et si ma main pour vous n’avoit tout attenté,

1 Ces vers ne forment aucun sens; la honte passe à vos yeux pourla même infamie, si un indigne hymen la fait retomber sur celle quivenait, etc. Le défaut vient principalement de la même infamie , quin’est pas français, et de ce que ce pronom elle, qui se rapporte par lesens à couronne , est joint à honte par la construction. (V.)

2 Est-il vraisemblable que Cléopâtre n’ait pas soupçonné que sesenfants pouvoient aimer Rodogune? peut-elle imaginer qu’ils ne veu-lent point régner avec Rodogune, parceque leur père a voulu autre-fois l’épouser? Rodogune sera-t-elle autre chose que femme du roi?Celui qui régnera tiendra-t-il d’elle la couronne? doit-elle s’écrier :O mère trop heureuse! cet artifice n’est-il pas un peu grossier? nesent-on pas que Cléopâtre cherche un vain prétexte que la raison dés-avoue? si ses deux fils étaient des imbéciles, parlerait-elle autrement ?Que ce second discours de Cléopâtre est au-dessous du premier! Surcelle qui venoit , expression incorrecte et familière. (Y.) — Non-seu-lement Cléopâtre peut ignorer la passion de ses fils, mais même ellepeut douter qu’ils aient assez remarqué Rodogune pour qu’elle ait pufaire sur eux une impression bien profonde. Elle n’est sortie de prisonque depuis très peu de temps, et l’arrivée des deux princes à Séleucien’est pas moins récente : Cléopâtre n’a donc aucune raison de soup-çonner un amour que d’ailleurs ils ont pris tant de soin de cacher. (P.)

3 Cette fausseté est trop sensible et trop révoltante ; et c’est bien làle cas de dire : Qui prouve trop neprouve rien, (V.)

* De cet amour ne se rapporte à rien ; elle entend l’amour que Ni-canor avait eu pour Rodogune. (V.)