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ACTE II, SCENE III.
Entre deux fils que j’aime avec même tendresseEmbrasser ma querelle est le seul droit d’aînesse;
La mort de Ilodogune en nommera l’aîné.
Quoi! vous montrez tous deux un visage étonné 1 !Iledoutez-vous son frère? après la paix infameQue même en la jurant je détcstois dans l’ame,
J’ai fait lever des gens par des ordres secrets 2Qu’à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout prêts;
Et tandis qu'il fait tête aux princes d’ArménieNous pouvons sans péril briser sa tyrannie.
Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi?
Est-ce pitié pour elle, est-ce haine pour moi ?
Voulez-vous l’épouser afin qu’elle me brave,
Et mettre mon destin aux mains de mon esclave?
Vous ne répondez point! Allez, enfants ingrats,
Pour qui je crus en vain conserver ces États :
J’ai fait votre oncle roi, j’en ferai bien un autre 3 ;
elle, sielle osoit éluder sa promesse. Cependant, si elle nomme un roi,Ilodogune règne. C’est la condition du traité qu’elle a fait avec lesParth.es -, et ce traité, qu’elle a rendu public, elle n’ose le violer ouver-tement : elle veut en laisser le crime et le danger à celui de ses filsqu’elle nommera roi, et qui pourra la mettre à l’abri du ressentimentdu peuple. Vindicative, et plus ambitieuse encore, elle a lieu de croireque l’offre d’une couronne séduira du moins un de ses fils. II noussemble que Voltaire n’a pas assez fortement conçu le caractère deCléopâtre, qui ne se dément pas un seul moment, et que nous regar-dons comme un des chefs-d’œuvre de Corneille : il n’en existe aucunde cette force au théâtre. (P.)
1 Comment peut-elle être surprise que sa proposition révolte? elleveut que le crime tienne lieu du droit d’aînesse; celui des deux quine voudra pas tuer sa maîtresse sera le cadet, et perdra le trône : maissi tous deux veulent la tuer, qui sera roi? Il est clair que la propo-sition de Cléopâtre est absurde autant qu’abominable ; et cependantelle forme un grand intérêt, pareequ’on veut voir ce qu’elle produira,pareeque Cléopâtre tient en sa main la destinée de ses enfants. En nom-mera Vaine ; cet en se rapporte à ses deux fils ; mais comme il y a unvers entre deux, le sens ne se présente pas clairement. Il faut encoreéviter de finir un vers par aîné, quand l’autre finit par aînesse. (V.)
2 Style de gazette. (V.)
3 Cléopâtre n’est pas adroite, quoiqu’elle se soit donné pour ufiefemme très habile ; dès qu’elle s’aperçoit que ses enfants ont horreurde sa proposition, elle ne doit pas insister : on ne persuade point un