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ACTI! IV, SCÈNE I.
A force de respect votre amour s’est trahi.
Je voudrois vous haïr s’il m’avoit obéi ;
Et je n’estime pas l’honneur d’une vengeanceJusqu’à vouloir d’un crime être la récompense *.
Rentrons donc sous les lois que m’impose la paix,
Puisque m’en affranchir c’est vous perdre à jamais.
Prince, en votre faveur je ne puis davantage :
L’orgueil de ma naissance enfle encor mon courage,
Et, quelque grand pouvoir que l'amour ait sur moi,
Je n’oublierai jamais que je me dois un roi.
Oui, malgré mon amour, j’attendrai d’une mèreQue le trône me donne ou vous ou votre frère.
Attendant son secret, vous aurez mes désirs;
Et s’il le fait régner, vous aurez mes soupirs 2 :
C’est tout ce qu’à mes feux ma gloire peut permettre,
Et tout ce qu’à vos feux les miens osent promettre.
ANTIOCHUS.
Que voudrois-je de plus? son bonheur est le mien;
Rendez heureux ce frère, et je ne perdrai rien.
L’amitié le consent, si l’amour l’appréhende :
1 Y a-t-il de l’honneur dans cette vengeance! Elle change à présentd’avis ; elle ne voudrait plus d’Àntiochus, s’il avait tué sa mère : cen’est pas là assurément le caractère qu’exigent Horace et Boileau :
Qn’en tout avec soi-même il se montre d’accord,
Et qu’il soit jusqu’au bout tel qu’on l’a vu d’abord. (V.)
— Elle ne change ni d’avis ni de caractère ; elle prouve seulement quejamais elle n’avoit eu l’intention de faire sérieusement aux deux princesune proposition dont elle savoit bien que l’un et l’autre seroient infail-liblement révoltés. Voilà du moins ce que, dans l’examen de sa pièce,Corneille oppose aux objections qu’on lui fit de son temps, et que Vol-taire 11’a fait que renouveler. Quant à nous, il nous semble que le grandsuccès de cette tragédie, principalement dans sa nouveauté, est unepreuve très forte que le public ne se méprit jamais sur la véritable in-tention de Corneille. Il n’imagina point, puisqu’il n’en fut point révolté,que la proposition de Rodogune pût être sérieuse. Mais quand il vit,au dénoùment, toutes les beautés que Corneille avoit su tirer d’uneinvention qui peut n’être pas exempte de reproche, mais qui lui fournitle plus beau cinquième acte qu’il y ait peut-être sur aucun théâtre,alors il ne sut plus qu’admirer. (P.)
2 Elle voulait tout à l’heure tuer Cléopâtre, et à présent elle lui estsoumise. Et qu’est-ce qu’un secret qui fait régner 1 (V.)