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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IV, SCÈNE III. 187

ANTIOCHUS.

Nous périrons tous deux s’il faut périr pour elle.

CLÉOPÂTRE.

Périssez, périssez, votre rébellionMérite plus d’horreur que de compassion.

Mes yeux sauront le voir sans verser une larme,

Sans regarder en vous que l’objet qui vous charme ;

Et je triompherai, voyant périr mes fils,

De ses adorateurs et de mes ennemis.

ANTIOCHUS.

Eli bien! triomphez-en, que rien ne vous retienne :

Votre main tremble-t-elle? y voulez-vous la mienne 1 2 ?Madame, commandez, je suis prêt d’obéir;

Je percerai ce cœur qui vous ose trahir :

Heureux si par ma mort je puis vous satisfaire,

Et noyer dans mon sang toute votre colère.'

Mais si la dureté de votre aversionNomme encor notre amour une rébellion,

Du moins souvenez-vous qu’elle n’a pris pour armesQue de foibles soupirs et d’impuissantes larmes 5 .

, CLEOPATRE.

Ah! que n’a-t-elle pris et la flamme et le fer!

Que bien plus aisément j’en saurois triompher!

Vos larmes dans mon cœur ont trop d’intelligence;

Elles ont presque éteint cette ardeur do vengeance :

Je ne puis refuser des soupirs à vos pleurs;

Je sens que je suis mère auprès de vos douleurs 3 .

C’en est fait, je me rends, et ma colère expire.

Rodogune est à vous aussi bien que l’empire;

Rendez grâces aux dieux qui vous ont fait l'aîné 4 :

1 Cet y ne se rapporte à rien. ( V.I

2 S’il n’a eu que d’impuissantes larmes, comment Cléopâtre a-t-ellepu lui dire, quelle aveugle fureur volts possède l comme on l’a déjàremarqué 1, (V.)

3 Cela n’est pas français ; il fallait dire : vos douleurs me. font sentirque je suis mère. La correction du style est devenue-d’une nécessitéabsolue; on est obligé de tourner quelquefois un vers en plusieurs ma-nières avant de rencontrer la bonne. (V.)

t Je suis encore surpris du peu d’effet que produitici cette déclara-

tion de la primogé’niture d’ Antiochus ; c’est pourtant le sujet de la