188 RODOGUNE.
Possédez-la, régnez.
ANTIOCHUS.
O moment fortuné!
O trop heureuse fin de l’excès de ma peine!
Je rends grâces aux dieux, qui calment votre haine.Madame, est-il possible?
CLÉOPÂTRE.
Envahi j’ai résisté,
La nature est trop forte, et mon cœur s’est dompté.Je ne vous dis plus rien, vous aimez votre mère,
Et votre amour pour moi taira ce qu’il faut taire.
ANTIOCHUS.
Quoi, je triomphe donc sur le point de périr !
La main qui me blessoit a daigné me guérir !
CLÉOPÂTRE.
Oui ! je veux couronner une flamme si belle LAllez à la princesse en porter la nouvelle ;
Son cœur comme le vôtre en deviendra charmé :Vous n’aimeriez pas tant si vous n’étiez aimé.
ANTIOCHUS.
Heureux Antiochus ! heureuse Rodogune * !
pièce, c’est ce qui est annoncé dès les premiers vers comme la chose laplus importante. Je pense que la raison de l’indifférence avec laquelleon entend cette déclaration est qu’on ne la croit pas vraie. Cléopâtrevient de s’adoucir sans aucune raison ; on pense que tout ce qu’elle ditest feint. Une autre raison encore du peu d’effet de cette déclaration siimportante, c’est qu’elle est noyée dans un amas de petits artifices, demauvaises raisons, et surtout de mauvais vers. Cela peut rendre attentif,mais cela ne saurait toucher. J’observe que, parmi ces défauts, l’in-térêt de curiosité se fait toujours sentir; c’est ce qui soutient la piècejusqu’au cinquième acte, dont les grandes beautés, la situation uniqueet le terrible tableau demandent grâce pour tant de fautes et l’obtien-nent. (V.)
t Une flamme si belle n’est pas une raison quand il s’agit d’un trône :il faut d’autres preuves. Le petit compliment qu’elle fait à Antiochu*est plutôt de la comédie que de la tragédie. (V.)
2 II faut que ce prince ait le sens bien borné pour n’avoir aucun©défiance en voyant sa mère passer tout d’un coup de l’excès de la mé-chanceté la plus atroce à l’excès de la bonté. Quoi ! après qu’elle nelui a parlé que d’assassiner Rodogune, après avoir, voulu lui faireaccroire que Séleucus l’a tuée, après lui avoir dit, périssez , périssez