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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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RODOGUNE.

« Régnez ; et surtout, mon cher frère,

« Gardez-vous de la même main.

« C’est... » La parque à ce mot lui coupe la parole;

Sa lumière s’éteint, et son ame s’envole :

Et moi, tout effrayé d’un si tragique sort,

J’accours pour vous en faire un funeste rapport.

ANTIOCHUS.

Rapport vraiment funeste, et sort vraiment tragique,

Qui va changer en pleurs l’allégresse publique.

O frère plus aimé que la clarté du jour!

O rival aussi cher que m’étoit mon amour !

Je te perds, et je trouve en ma douleur extrêmeUn malheur dans ta mort plus grand que ta mort même.

O de ses derniers mots fatale obscurité,

En quel gouffre d’horreur m’as-tu précipité!

Quand j’y pense chercher la main qui l’assassine,

Je m’impute à forfait tout ce que j'imagine;

Mais aux marques enfin que tu m’en viens donner,

Fatale obscurité! qui dois-je en soupçonner?

« Une main qui nous fut bien chère! »

Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère 1 ?

assassiné par un autre, envoyé par sa mère, il ne doit pas dire que c’estune main chère-, qu’enfin Antiochus, au récit de cette aventure, devraitcourir sur le lieu. C’est au lecteur à peser la valeur de toutes ces cri-tiques. La dernière critique surtout ne souffre point de réponse; An-tiochus aimait tendrement son frère ; ce frère est assassiné, et Antiochusachève tranquillement la cérémonie de son mariage. Rien n’est moinsnaturel et plus révoltant. Son premier soin doit être de courir sur lelieu, de voir si en effet son frère est mort, si on peut lui donner quelquesecours ; mais le parterre s’aperçoit à peine de cette invraisemblance ;il est impatient de savoir comment Cléopâtre se justifiera. (V.)

1 II n’y a point de situation plus forte ; il n’y en a point où l’on aitporté plus loin la terreur, et cette incertitude effrayante qui serre l’amedans l’attente d’un événement qui ne peut être que tragique. Ces motsterribles :

Une main qui nous fut bien chère...

Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère ?

ces mots font frémir; et ce qui mérite encore plus d’éloges, c’est quela situation est aussi bien dénouée qu’elle est fortement conçue. Cléo-pâtre avalant elle-même le poison préparé pour son fils et pour Rodo-gune, et se flattant encore de vivre assez pour les voir périr avec elle,