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ACTE V, SCÈNE IV.
Vous vouliez toutes deux un coup trop inhumain;
Nous vous avons tous deux refusé notre main :
Qui de vous s’est vengée'? est-ce l’une, est-ce l’autre,
Qui fait agir la sienne au refus de la nôtre?
Est-ce vous qu’en coupable il me faut regarder?
Est-ce vous désormais dont je me dois garder 1?
forme un dénouement admirable. Il faut bien qu’il le soit, puisqu'il afait pardonner les étranges invraisemblances sur lesquelles il est fondé,et qui ne peuvent pas avoir d’autre excuse. Ceux qui ont cru, bien malà propos, que la gloire de Corneille étoit intéressée à ce qu’on justifiâtses fautes, ont fait de vains efforts pour pallier celles du plan de Ro-dogune. Pour en venir à bout, il faudroit pouvoir dire : il est dansl’ordre des choses vraisemblables que, d’un côté, une mère propose àses deux fils, à deux princes reconnus sensibles et vertueux, d’assas-siner leur maîtresse, et, que, d’un autre coté, daus le même jour, cettemême maîtresse, qui n’est point représentée comme une femme atroce,propose à deux jeunes princes dont elle connoît la vertu d’assassinerleur mère. Comme il est impossible d’accorder cette assertion avec lebon sens, il vaut beaucoup mieux abandonner une apologie insoute-nable, et laisser à Corneille le soin de se défendre lui-même. Il s'yprend mieux que ses défenseurs : il a fait le cinquième acte. Souve-nons-nous donc une bonne fois, et pour toujours, que sa gloire n’estpas de n’avoir point commis de fautes, mais d’avoir su les racheter ■.elle doit suffire à ce créateur de la scène françoise. (La. H.)
1 Cette situation est sans doute des plus théâtrales, elle ne permetpas aux spectateurs de respirer. Quelques personnes plus difficilespeuvent trouver mauvais qu’Antiochus soupçonne Rodogune, qu’iladore, et qui n’avait assurément aucun intérêt à tuer Séleucus : d’ail-leurs, quand l’aurait-elle assassiné 1 on faisait les préparatifs de la cé-rémonie; Rodogune devait être accompagnée d’une nombreuse cour;l’ambassadeur Oronte ne l’a pas sans doute quittée; son amant étaitauprès d’elle : une princesse qu’on va marier se dérobe-t-elle à toutce qui l’entoure, sort-elle seule du palais pour aller au bout d’une alléesombre assassiner son beau-frère, auquel elle ne pense seulement pas ?Il est très beau qu’Antiochus puisse balancer entre sa maîtresse et samère ; mais malheureusement on ne pouvait guère amener cette bellesituation qu’aux dépens de la vraisemblance. Le succès prodigieux decette scène est une grande réponse à tous ces critiques qui disent à unauteur : Ceci n’est pas assez fondé, cela n’est pas assez préparé. L’au-teur répond : J’ai touché, j’ai enlevé le public; l’auteur a raison, tantque le public applaudit. Il est pourtant infiniment mieux de s’astreindreà la plus exacte vraisemblance ; par là on plaît; toujours, non-seule-ment au public assemblé, qui sent plus qu’il ne raisonne, mais aux