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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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206

RODOGUNE.

CLÉOPÂTRE.

Quoi! vous me soupçonnez?

RODOGUNE.

Quoi! Je vous suis suspecte?

ANTIOCHUS.

Je suis amant et fils, je vous aime et respecte;

Mais quoi que sur mon cœur puissent des noms si doux,A ces marques enfin je ne connois que vous.

As-tu bien entendu? dis-tu vrai, Timagène?

TIMAGÈNE.

Avant qu’en soupçonner la princesse ou la reine,

Je mourrois mille fois; mais enfin mon récitContient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.

ANTIOCHUS.

D’un et d’autre côté l’action est si noire,

Que n’en pouvant douter, je n’ose encor la croire.

O quiconque des deux avez versé son sang,

Ne vous préparez plus à me percer le flanc.

Nous avons mal servi vos haines mutuelles,

Aux jours l’une de l’autre également cruelles 1 ;

Mais si j’ai refusé ce détestable emploi,

Je veux bien vous servir toutes deux contre moi :

Qui que vous soyez donc, recevez une vieQue déjà vos fureurs m’ont à demi ravie.

RODOGUNE.

Ah! seigneur, arrêtez.

TIMAGÈNE.

Seigneur, que faites-vous?

ANTIOCHUS.

Je sers ou l’une ou l’autre, et je préviens ses coups.

CLÉOPÂTRE.

Vivez, régnez heureux.

ANTIOCHUS.

Otcz-moi donc de doute,

Et montrez-moi la main qu’il faut que je redoute,

critiques éclairés qui jugent dans le cabinet ; c’est même le seul moyende conserver une réputation pare dans la postérité. (V.)

l Des haines cruelles aux jours Vune de Vautre; cela n'est pasfrançais. IV.)