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ACTE V, SCÈNE [V.
Qui pour m’assassiner ose me secourir,
Et me sauve de moi pour me faire périr.
Puis-je vivre et traîner cette gène éternelle ',Confondre l’innocente avec la criminelle,
Vivre, et ne pouvoir pins vous voir sans m’alarmer,Vous craindre toutes .deux, toutes deux vous aimer?Vivre avec ce tourment, c’est mourir à toute heure.Tirez-moi de ce trouble, ou souffrez que je meure,
Et que mon déplaisir, par un coup généreux s ,Épargne un parricide à l’une de vous deux.
CLÉOPÂTRE.
Puisque le même jour que ma main vous couronneJe perds un de mes iils, et l’autre me soupçonne,Qu’au milieu de mes pleurs, qu'il devroit essuyer,Son peu d’amour me force à me justifier;
Si vous n’en pouvez mieux consoler une mèreQu’en la traitant d’égal 1 2 3 avec une étrangère,
Je vous dirai, seigneur (car ce n’est plus à moiA nommer autrement et mon juge et mon roi),
Que vous voyez l’effet de celte vieille haineQu’en dépit de la paix me garde l’inhumaine,
Qu’en son cœur du passé soutient le souvenir,
Et que j’avois raison de vouloir prévenir.
Elle a soif de mon sang, elle a voulu répandre 4 :
J'ai prévu.d’assez loin ce que j’en viens d’apprendre;Mais je vous ai laissé désarmer mon courroux.
1 On ne traîne point une gêne; mais le discours d’ Antiochus est sibeau, que cette légère faute n’est pas sensible. (V.)
2 II faudrait désespoir plutôt que déplaisir. (V.)
3 Traiter d’égal étoit alors une phrase faite pour les deux genres.On éeriroit aujourd’hui, traiter d’égale.
V Épandre était un terme heureux qu’on employait au besoin, aulieu de répandre; ce mot a vieilli. (V.) —A quelle époque un mot peut-il être censé assez vieilli pour qu’il ne soit plus d’usageî Nous trou-vons le mot épandre dans Boileau et dans d’autres bons auteurs dusiècle de Louis XIV, qui semblent même l’avoir préféré à répandre.Nous le trouvons dans la Henriade :
De noirs torrents de soufre épandus dans les airs.
Permettons donc aux poètes de le rajeunir en l’employant. (P.)