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RODOGUNE.
{à Rodogune.)
Sur la foi de ses pleurs je n’ai rien craint de vous 1,Madame; mais, ô dieux! quelle rage est la vôtre!
Quand je vous donne un fils, vous assassinez l’autre,
Et m’enviez soudain l’unique et foible appuiQu’une mère opprimée eût pu trouver en lui !
Quand vous m’accablerez, où sera mon refuge?
Si je m’en plains au roi, vous possédez mon juge ;
Et s’il m’ose écouter, peut-être, hélas! en vainIl voudra se garder de cetle môme main.
Enfin je suis leur mère, et vous leur ennemie;
J’ai recherché leur gloire, et vous leur infamie;
Et si je n’eusse aimé ces fils que vous m’ôtez,
Votre abord en ces lieux les eût déshérités.
C’est à lui maintenant, en cette concurrence,
A régler ses soupçons sur cette différence,
A voir de qui des deux il doit se défier,
Si vous n’avez un charme à vous justifier 2.
RODOGUNE, à Cléopâtre.
Je me défendrai mal : l’innocence étonnéeNe peut s’imaginer qu’elle soit soupçonnée;
Et n’ayant rien prévu d’un attentat si grand,
Qui l’en veut accuser sans peine la surprend 3 .
Je ne m’étonne point de voir que votre hainePour me faire coupable a quitté Timagène.
Au moindre jour ouvert de tout jeter sur moi, *
Son récit s’est trouvé digne de votre foi.
1 Ce plaidoyer de Cléopâtre n’est pas sans adresse ; mais ce vainartifice doit être senti par Antiochus, qui ne peut en aucune façonsoupçonner Rodogune. (V.)
2 Cela n'est pas français, et ce dernier vers ne finit pas heureuse-ment une si belle tirade. (V.)
3 On n’a rien à dire sur ces deux plaidoyers de Cléopâtre et de Ro-dogune. Ces deux princesses parlent toutes deux comme elles doiventparler. La réponse de Rodogune est beaucoup plus forte que le dis-cours de Cléopâtre, et elle doit l’être : il n’y a rien à y répliquer, elleporte la conviction; et Antiochus devrait en être tellement frappé,qu’il ne devrait peut-être pas dire : Non, je n’écoute rien; car, com-ment ne pas écouter de si bonnes raisons? Mais j’ose dire que le partique prend Antiochus est infiniment plus théâtral que s’il était simple-ment raisonnable. (Y.)