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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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EXAMEN DE RODOGUNE.mais sa surprise de voir Jason à Corinthe, où il vient d'ar-river, et son séjour en Asie, que la mer en sépare, lui don-nent juste sujet d’ignorer ce qu’il en apprend. La narrationne laisse pas de demeurer froide comme celle-ci, parcequ’ilne s’est encore passé rien dans la pièce qui excite la curiositéde l'auditeur, ni qui lui puisse donner quelque émotion enl’écoutant; mais si vous voulez réfléchir sur celle de Curiacedans l' Horace, vous trouverez qu’elle fait tout un autre effet.Camille, qui l’écoute, a intérêt, comme lui, à savoir com-ment s’est faite une paix dont dépend leur mariage ; et l’au-diteur, que Sabine et elle n’ont entretenu que de leurs mal-heurs et des appréhensions d’une bataille qui se va donnerentre deux partis, où elles voient leurs frères dans l’un etleur amour dans l’autre, n’a pas moins d’avidité qu’elle d’ap-prendre comment une paix si surprenante s’est pu conclure.

Ces défauts dans celte narration confirment ce que j’ai ditailleurs, que, lorsque la tragédie a son fondement sur desguerres entre deux Etats, ou sur d’autres affaires publiques,il est très malaisé d’introduire un acteur qui les ignore, etqui puisse recevoir le récit qui en doit instruire les specta-teurs en parlant à lui.

J’ai déguisé quelque chose de la vérité historique en celui-ci ; Cléopâtre n’épousa Antiochus qu’en haine de ce que sonmari avoit épousé Rodogune chez les Parlhes ; et je faisqu’elle ne l’épouse que par la nécessité de ses affaires, sur unfaux bruit de la mort de Démétrius, tant pour ne la faire pasméchante sans nécessité, comme Ménélas dans 1 'Oreste d’Eu-ripide, que pour avoir lieu de feindre que Démétrius n’avoitpas encore épousé Rodogune, et venoit l’épouser dans sonroyaume pour la mieux établir en la place de l’autre, par leconsentement de ses peuples, et assurer la couronne aux en-fants qui naîtroient de ce mariage. Cette fiction m’étoit ab-solument nécessaire, afin qu’il lut tué avant que de l’avoirépousée, et que l’amour que ses deux fils ont pour elle ne fîtpoint d’horreur aux spectateurs, qui n’auroient pas manquéd’en prendre une assez forte, s’ils les eussent vus amoureuxde la veuve de leur père, tant cette affection incestueuse ré-pugne à nos mœurs!u.

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