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ACTE I, SCÈNE U.
A ces soins tant vantés d’élever mon enfance i;
Que tant qu’on m’a laissée en quelque liberté,
J’ai voulu me défendre avec civilité * ;
Mais, puisqu’on use enfin d’un pouvoir tyrannique,
Je vois bien qu’à mon tour il {aut que je m’explique,
Que je me montre entière à l’injuste fureur 3 ,
Et parle à mon tyran eu fille d’empereur.
Il falloit me cacher avec quelque artificeQue j’étois Tulchérie, et fille de Maurice*,
Si tu faisois dessein de m’éblouir les yeux 5Jusqu’à prendre tes dons pour des dons précieux 6 .
Vois quels sont ces présents dont le refus t’étonne :
Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne ;
Mais que me donnes-tu, puisqua l’une est à moi 7 ,
1 Cela n’est pas français : on ne rend point une reconnaissance à dessoins ; on a de la reconnaissance, on la témoigne, on la conserve ; j'airendu celle reconnaissance! ("V.)
2 Que.... j’ai voulu, etc. C'est encore une faute contre la langue.Avec civilité est du ton de la comédie. (V.)
3 II faudrait à la fureur de, etc. ; on ne pourrait dire a la f ureur.généralement, que dans un cas tel que celui-ci : la fermeté brave lafureur. L’épithète d 'injuste est faible et oiseuse avec le mot fureur.Enfin la fureur ne convient pas ici ; ce n’est point une fureur de ma-rier Pulchérie à l’héritier de l’empire. (Y*)
4 Sans examiner ici le style, je demande si une jeune personneélevée par un empereur peut lui parler avec cette arrogance : on netraite point ainsi son maître dans sa propre maison. Yoyez commeJosabet parle à Athalie ; elle lui fait sentir tout ce qu’elle pense : cetteretenue habile et touchante fait beaucoup plus d’impression que desinjures. Electre aux fers, n’ayant rien à ménager, peut éclater en re-proches; mais Pulchérie, bien traitée, doit-elle s’emporter tout d’uncoup? peut-elle parler en souveraine? Un sentiment de douleur et defierté, qui échappe dans ces occasions, ne fait-il pas plus d’effet quedes violences inutiles? Ce n’est pas que j’ose condamner ici Pulchérie;mais, en général, ces tyrans qu’on traite avec tant de mépris dans leurspalais, au milieu de leurs courtisans et de leurs gardes, sont des per-sonnages dont le modèle n’est pas dans la nature. (Y.)
5 Cela n’est pas français : on ne fait pas dessein ; on a dessein. ( YJ
6 II semble que ce soit Phocas qui prenne ses dons pour des donsprécieux ; il fallait, pour l’exactitude, jusqu’à me faire prendre tesdons pour des dons précieux. (Y.)
7 Non, assurément, jamais femme n’a été héritière de l’empire ro-