Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

238

HÉKACLIUS.lit l’autre en est indigne, étant sorti de toi?

Ta libéralité me fait peine à comprendre :

Tu parles de donner quand tu ne fais que rendreEt puisque avecque moi tu veux le couronner,

Tu ne me rends mon bien que pour te le donner.

Tu veux que cet hymen que tu m’oses prescrirePorte dans ta maison les titres de l’empire,

Et de cruel tyran, d’infame ravisseur,

Te fasse vrai monarque, et juste possesseur.

Ne reproche donc plus à mon ame indignée

Qu’en perdant tous les miens tu m’as seule épargnée :

Cette feinte douceur, cette ombre d’amitié,

Vint de ta politique, et non de ta pitié.

Ton intérêt dès lors fit seul cette réserve 1 :

Tu m’as laissé la vie afin qu’elle te serve;

Et mal sûr dans un trône où tu crains l’avenir,

Tu ne m’y veux placer que pour t’y maintenir ;

main. Pulchérie a moins de droits au trône que le dernier officier del’armée; il ne lui sied point du tout de dire : II est à moi ce trône;c'est a moi d'y voir tout le monde à mes pieds. Elle lui propose de laverce trône avec son sang : j’observerai que si un trône est teint de sang,,il n’est point lavé de sang. Si elle prétend qu’on lave un trône teint dusang d’un empereur avec le sang d’un autre empereur, elle doit dire,.lave par le tien, et non du tien. Elle répète ce mot encore, le bourreaude mon sang. Elle dit qu’elle a le cœur franc et haut : on doit bienrarement le dire; il faut que cette hauteur se fasse sentir par lediscours même. On a déjà remarqué que l’art consiste à déployer lecaractère d’un personnage et tous ses sentiments par la manière donton le fait parler, et non par la manière dont ce personnage parle delui-même. (Y.) — L’empire romain étoit électif, et presque toujours àla discrétion des légions, qui n’attendoient le suffrage ni du peuple, nidu sénat : cependant on vit souvent les enfants, et même les femmes,et les sœurs des empereurs, disposer de l’empire après eux. Ainsi Pul-chérie, sœur de Théodose II, en disposa en faveur de Martian, qu’elleéleva au trône en l’épousant. Dans le Bas-Empire, ces exemples de-vinrent encore plus fréquents. Irène, Zoé, Théodora, Eudoxie, régnè-rent, soit par elles-mêmes, soit en se choisissant des époux. C’est doncune exagération de dire que Pulchérie, censée fille de l’empereurMaurice, avoit moins de droits à l’empire que le dernier officier del’armée. (P.)

1 Faire une réserve, pour dire épargner les jours d'une princesse ;cela n’est pas noble : faire une réserve est style d’affaires. (V.)