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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE II.

Tu ne m’y fais monter que de peur d’en descendre :

Mais connois Pulchério, et cesse de prétendre *.

Je sais qu’il m’appartient ce trône où tu te sieds,

Que c’est à moi d’y voir tout le monde à mes pieds :

Mais comme il est encor teint du sang de mon père,

S’il n’est lavé du tien, il ne sauroit me plaire ;

Et ta mort, que mes vœux s’efforcent de hâter,

Est l’unique degré par où j’y veux monter :

Voilà quelle je suis, et quelle je veux être.

Qu’un autre t’aime en père, ou te redoute en maître,

Le cœur de Pulchérie est trop haut et trop francPour craindre ou pour flatter le bourreau de son sang.

PHOCAS.

J’ai forcé ma colère à te prêter silence 1 2 ,

Pour voir à quel excès iroit ton insolence :

J’ai vu ce qui t'abuse et me fait mépriser,

Et t’aime encore assez pour te désabuser.

N’estime plus mon sceptre usurpé sur ton père,

Ni que pour l’appuyer la main soit nécessaire.

1 Ce verbe prétendre exige absolument un régime : ce n’est point unverbe neutre; ainsi la phrase n’est point achevée : on pourrait dire,cessez d’aimer et de haïr , quoique ce soient des verbes actifs, parcequ’ence cas cela veut dire, cessez d’avoir des sentiments d’amour et dehaine ; mais on ne peut dire, cessez de prétendre, de satisfaire, de se-courir. (V.)

2 Cette réponse ne fait-elle pas voir que Phocas ne devait pas sélaisser braver ainsi? Le moyen de parle* encore à quelqu’un qui vientde vous dire qu’il ne veut que votre mort? Comment Phocas peut-ilencore raisonner amiablement avec Pulchérie après une telle déclara-tion? est-il possible qu’il lui propose encore son fils? (V.) — Phocasménage ici Pulchérie, parcequ’il a un grand intérêt politique à la mé-nager. Elle est fille de Maurice, dont la mémoire est chère au peuple,et, en lui faisant épouser son fils, Phocas croit qu’il légitimeroit, enquelque sorte, son usurpation. C’est ainsi que, dans la tragédied’Oreste, Egysthe se laisse braver par Electre dans l’espérance deluifaire épouser son fils, à qui Electre apporterait en dot le grand nom•d’ Agamemnon, dont elle est la fille, et dont Egysthe a usurpé le trône.Notez qu’Electre ne le traite pas avec plus d’égards que Pulchérien’en montre ici à Phocas. Il est vrai qu’Electre est dans les fers, etque ses emportements, comme Voltaire vient de le dire, paroissent plusmotivés que ceux de Pulchérie. (P.)