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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HÉRACLIUS.

Depuis vingt ans je règne, et je règne sans toi;

Et j’en eus tout le droit du choix qu’on lit de moi.

Le trône où je me sieds n’est pas un bien de race :

L’armée a ses raisons pour remplir cette place;

Son choix en est le titre 1 2 3 * ; et tel est notre sortQu’une autre élection nous condamne à la mort.

Celle qu’on lit de moi fut l’arrêt de Maurice;

J’en vis avec regret le triste sacrifice :

Au repos de l’État il fallut l’accorder;

Mon cœur, qui résistoit, fut contraint de céder;

Mais pour remettre un jour l’empire en sa familleJe lis ce que je pus, je conservai sa lille,fit, sans avoir besoin de titres ni d’appui,

Je te fais part d’un bien qui n’étoil plus à lui.

PULCHERIE.

Un chétif centenier des troupes de Mysie,

Qu’un gros de mutinés élut par fantaisie 8 ,

Oser arrogaminent se vanter à mes yeuxD’être juste seigneur du bien de mes aïeux !

Lui qui n’a pour l’empire autre droit que ses crimes s,

Lui qui de tous les miens lit autant de victimes,

1 Un bien de race, une armée qui a ses raisons, un choix qui est lelitre d’une place, toutes expressions plates ou obscures. Phocas d’ail-leurs a très grande raison de dire à cette Pulchérie que le trône del’empire romain ne passe point aux filles : mais il devait le dire aupa-ravant et mieux. ( V.)

2 Encore une fois, on ne parle point ainsi à un empereur romainreconnu et sacré depuis longtemps : il peut avoir passé par tous lesgrades militaires, comme tant d’autres empereurs, et comme Théodoselui-même, sans que personne soit en droit de le lui reprocher. Mais cequi parait plus répréhensible, c’est que tant d’injures et tant de méprisdoivent absolument ôter à Phocas l’envie de donner son fils à Pulchérie.puisqu’une croit pas qu’IIéraclius soit en vie, et qu’il n’a pas un intérêtpressant à marier son fils avec une fille qui n’aime point le fils, et quioutrage le père. Il ne sera peut-être pas inutile de remarquer ici quesaint Grégoire le Grand écrivait à ce même Phocas, Benignitatempietatis veslrce ad imperiale fastigium pervenisse gaudemus. Nousne prétendons pas que Pulchérie dût imiter la lâche flatterie de cepape ; ce n’est qu’une note purement historique. (V.)

3 II fallait, lui qui n’eut à l’empire d’autre droit que ses crimes ;

on n’a point de droits pour , mais des droits à; c’est un solécisme. (Y.)