242 HÉRACLIUS.
Mais que t’a fait mon fils? étoit-ii, au berceau,
Des tiens que je perdis le juge ou le bourreau ?
Tant de vertus qu'en lui le monde entier admireNe l’ont-elles pas fait trop digne de l’empire?
En ai-je eu quelque espoir qu’il n’ait assez rempli ?
Et voit-on sous le ciel prince plus accompli?
Un cœur comme le lien, si grand, si magnanime...
PULCHÉRIE.
Va, je ne confonds point ses vertus et ton crime :
Comme ma haine est juste et ne m’aveugle pas,
J’en vois assez en lui pour les plus grands États ’ ;
J’admire chaque jour les preuves qu’il en donne;
J'honore sa valeur, j’estime sa personne,
Et penche d’autant plus à lui vouloir du bien 1 2 3Que s’en voyant indigne il ne demande rien,
Que ses longues froideurs témoignent qu’il s'irriteDe ce qu’on veut de moi par delà son mérite,
Et que de tes projets son cœur triste et confusPour m’en faire justice approuve mes refus.
Ce lils si vertueux d’un père si coupable,
S’il ne devoit régner, me pourroit être aimable 8 ;
Et cette grandeur même où tu veux le porter 4 * * *Est l’unique motif qui m’y fait résister.
Après l’assassinat de ma famille entière,
1 Cette phrase n’est pas française : on est digne de gouverner degrands Etats ; on a assez de mérite pour être élu empereur ; mais jevois assez de mérite en lui pour un royaume, pour une armée , etc., nepeut se dire, parceque le sens n’est pas complet. Le mot pour, sansverbe, signifie tout autre chose; cet ouvrage était excellent pour sontemps ; Phocas est bien patient pour un homme violent. De plus, onne doit point dire que le fils d’un empereur est digne de gouverner lesplus grands Etats; car quel plus grand Etat que l’empire romain? (Y.)
2 Je penche d’autant plus à lui vouloir du bien, etc.
Expression de comédie. (Y.)
3 On ne peut dire, il m’est aimable , haïssable ; et pourtant l’on dit,
il m’est agréable , désagréable, odieux , insupportable , indifférent. On
■en a dit la raison. (Y.)
* Porter à une grandeur , cela n’est ni élégant, ni correct; et un
motif qui fait y résister ! à quoi? à cette grandeur où l’on veut porter
Martian? (Y.)