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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE ÏI.

Quand tu ne m'as laissé père, mère, ni frère,

Que j’en fasse ton fils légitime héritier.'

Que j’assure par là leur trône au meurtrier !

Non, non ; si tu me crois le cœur si magnanimeQu’il ose séparer ses vertus de ton crime,

Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd’huiQue ton fils sans le sceptre, ou le sceptre sans lui.

Avise; et si tu crains qu’il te fût trop infame 1De remettre l’empire en la main d’une femme,

Tu peux dès aujourd’hui le voir mieux occupé.

Le ciel me rend un frère à ta rage échappé;

On dit qu’Héraclius est tout prêt de paroître :

Tyran, descends du trône, et fais place à ton maître 2.

PHOCAS.

A ce compte, arrogante, un fantôme nouveau 3 ,

Qu’un murmure confus fait sortir du tombeau,

Te donne cette audace et cette confiance!

Ce bruit s’est fait déjà digne de ta croyance 4 .

1 Corneille emploie souvent ce mot avise; il était très bien reçu deson temps. Qu’il te fût infame n’est pas français : la langue permetqu’on dise, cela m’est honteux , mais non pas cela m’est infame; etcependant on dit, il est infame à lui d’avoir fait cette action. Toutesles langues ont leurs bizarreries et leurs inconséquences. (V.)

2 Vers admirable; il le serait encore plus si l’on pouvait parlerainsi à un empereur dans une simple conversation. Il n’y a qu’une situa-tion violente qui permette les discours violents. Il est toujours étrangeque Pliocas persiste à vouloir offrir son fils à une princesse que toutautre ferait renfermer pour l’empêcher de conspirer et pour avoir unotage. — N. B. En général, toutes les scènes de bravade doivent êtreménagées par gradation. Un empereur et une fille d’empereur ne sedisent point d’abord les dernières duretés, et quand une fois on a laissééchapper de ces reproches et de ces menaces qui ne laissent plus lieuà la conversation, tout doit être dit. La scène aurait fini très heureu-sement par ce beau vers , Tyran , descends du trône , et fais place àton maître; mais quand on entend ensuite, à ce compte , arrogante , etc.,les injures multipliées révoltent le lecteur, et font languir le dialogue.

3 A ce compte est du style négligé et du ton familier qu’on se per-mettait alors mal à propos. Ce mot arrogante conviendrait à Pul-chérie, s’il était possible qu’un empereur et une fille d’empeTeur sedissent des injures grossières. (V.)

4 Un bruit ne se peut faire digne ni indigne ; cela n’est pas français,parcequ’on ne peut s’exprimer ainsi en aucune langue. (V.)