246 HÉRACLIUS.
Étant ce que je suis, je me dois quelque effortPour vous dire, seigneur *, que c’est vous faire ton 1 2 .
Et que c’est trop montrer d’injuste défianceI)e ne pouvoir régner que par son alliance :
Sans prendre un nouveau droit du nom de son époux,
Ma naissance suffit pour régner après vous.
J’ai du cœur, et tiendrois l’empire môme infameS’il falloit le tenir de la main d’une femme.
PHOCAS.
Eh bien ! elle mourra, tu n’en as pas besoin 3 .
HÉRACLIUS.
De vous-même, seigneur, daignez mieux prendre soin.
Le peuple aime Maurice ; en perdre ce qui resteNous rendroit ce tumulte au dernier point funeste.
Au nom d’Héraclius à demi soulevé,
Vous verriez par sa mort le désordre achevé 4 .
11 vaut mieux la priver du rang qu’elle rejette,
Faire régner une autre et la laisser sujette;
Et d’un parti plus bas punissant son orgueil 5 ...
PHOCAS.
Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil,
A ce fils supposé, dont il me faut défendre,
1 Le sens de )a phrase est, je dois vous dire , quoi qu’il m’en coûte;mais il ne doit pas faire effort pour dire; ce n’est pas sur cet effort qu’ilse fait que son devoir tombe : d’ailleurs il ne fait point d’effort, puis-qu’il n’aime point Pulchérie, puisqu’il croit même être son frère ; etî>uis comment se doit-on un effort! (Y.)
2 .Que c'est vous faire tort
*est trop du style de la comédie. (V.)
S Ce mot semble condamner toute la scène précédente. Phocas avoue•qu’il n’avait nul besoin de marier Pulchérie à son fils; il semble, au•contraire, qu’il devait avoir un besoin très pressant de ce mariage pour[former un nœud intéressant. (V.)
* On n’achève point un désordre, comme on achève un projet, uneaffaire, un ouvrage. Ce n’est pas le mot propre. (V.)
5 On peut être puni de son orgueil par un hymen disproportionné ;mais on ne peut pas dire, être puni d’un hymen , comme ou dit, êtrepuni du dernier supplice. Parti plus bas est déplacé : il semble queMartian soit un parti bas, et qu’on menace Pulchérie d’un parti plu*bas encore. (V.)