ACTE SECOND,
SCÈNE I.
LÉONTINE, EUDOXE.
LÉONTINE.
Voilà ce (lue j’ai craint de son ame enflammée *.
EUDOXE.
S’il m’eût caché son sort, il m’auroit mal aimée*.
LEONTINE.
Avec trop d’imprudence il vous l’a révélé.
Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé 3 :
Vous n’avez pu savoir cette grande nouvelleSans la dire à l’oreille à quelque ame infidèle \
A quelque esprit léger, ou de votre heur jaloux,
A qui ce grand secret a pesé comme à vous.
Cest par là qu’il est su, c’est par là qu’on publieCe prodige étonnant d’Héraclius en vie;
C’est par là qu’un tyran, plus instruit que troubléDe l’ennemi secret qui l’auroit accablé 8 ,
1 Le spectateur ne peut savoir d’abord que c’est Léontine qui parie,et que c’est cette même Léontine, autrefois gouvernante d’Héracliuset de Martian ; il serait peut-être mieux qu’on en fût informé d’abord.Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissenttout d’un coup les personnages qui se présentent, excepté ceux dontl’intérêt est de cacher leur nom. (Y.
2 Qui? de qui parle-t-elle? c’est une énigme. Mal aimée, expressiontrop triviale. (V.
3 On voit assez que cela est trop comique. Corneille a-t-il voulufaire parler cette gouvernante comme une bourgoise qui a conservé leton bourgeois à la cour? Cela est absolument indigne de la tragédie.
(V.
4 Voilà la même faute; et dire à l’oreille à une aine! on ne peuts’exprimer plus mal. (V.
5 Cela n’est pas français. Instruit d’un ennemi, troublé d’un ennemice sont deux barbarismes et deux solécismes à la fois dans un seu.vers. (Y.)