Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

26 '

ACTE II, SCÈNE V.

Me combla de faveurs avec profusion,

Et nous fit de sa main cette haute fortune 1Dont H n’est pas besoin que je vous importune.

Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer;

Et j’attendois, seigneur, à vous le déclarer,

Que, par vos grands exploits, votre rare vaillancePût faire à l’univers croire votre naissance,

Et qu’une occasion pareille à ce grand bruitNous pût de son aveu promettre quelque fruits :

Car, comme j’ignorois que notre grand monarque 5En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque,

Je doutois qu’un secret, n’étant su que de moi,

Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.

EXUPÈRE.

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,

Le forçoit de ses fils à voir le sacrifice 4 ,

1 De sa main est de trop. ( V.)

2 Rien n’est plus obscur que ces vers. Qu’est-ce qu’une occasion pa-reille à un bruit qui peut promettre quelque fruit d’un aveu"! l’aveu dequi! l’aveu de quoi! Ne cessons de dire, pour l’instruction des jeunesgens, que la première loi est d’être clair. (Y.)

3 II n’est pas permis d’écrire avec cette négligence en prose ; à plusforte raison en vers.

.. Notre grand monarque

En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque...

Quel style ! il veut dire : J'ignorais que Maurice avait pu laisserquelque marque à laquelle on pût. reconnaître son fils. (V.)

4 Forcer un père à voir égorger ses. enfants, est-ce là simplementJe gêner! n’est-ce pas lui faire souffrir un supplice affreux! Que le motpropre est rare! mais qu’il est nécessaire! Martian, qui s’est toujourscru fils de cette femme, et qui se voit en un instant fils de l’empereurMaurice, demeure muet dans une telle conjoncture; ce qui n’est nivraisemblable ni théâtral. Jusqu’ici ni Héraclius ni Martian n’ontété que deux instruments dont on ne sait pas encore comme on seservira. Martian laisse parler Exupère. Mais comment cet Exupère nelui a-t-il pas parlé plus tôt! Est-il possible qu’ayant eu ce billet na-guère de son cher parent, il ne l’ait pas porté sur-le-champ à Martian©u à Léonce! Il a conspiré, .dit-il, sans en avertir celui pour lequel ilconspire! il a agi précisément comme Léontine : il a voulu tout fairepar lui-même. Léontine et Exupère, sans se donner le mot, ont traitéles deux princes comme des écoliers : mais cet Exupère est l’ami de