Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

269

ACTE II, SCÈNE V.

J’ai fait semer ce bruit sans vous faire connoltre;

Et, voyant tous les cœurs vous souhaiter pour maître,

J’ai ligué du tyran les secrets ennemis,

Mais sans leur découvrir plus qu’il ne m’est permis.

Ils aiment votre nom, sans savoir davantage,

Et cetle seule joie anime leur courage,

Sans qu’au 1res que les deux qui vous parloient là-bas 1 2De tout ce qu’elle a fait sachent plus que Phocas.

Vous venez de savoir ce que vous vouliez d’elle;

C’est à vous de répondre à son généreux zèle.

Le peuple est mutiné, vos amis assemblés,

Le tyran effrayé, ses confidents troublés.

Donnez l’aveu du prince à sa mort qu’on apprête,

Et ne dédaignez pas d’ordonner de sa tôle.

MARTIAN.

Surpris des nouveautés d’un tel événement 2 ,

Je demeure à vos yeux muet d'étonnement 3 .

Je sais ce que je dois, madame, au grand serviceDont vous avez sauvé l’héritier de Maurice 4 .

Je croyois, comme fils, devoir tout à vos soins,

Et je vous dois bien plus lorsque je vous suis moins :

Mais pour vous expliquer toute ma gratitude,

Mon ame a trop de trouble et trop d’inquiétude.

J’aimois, vous le savez, et mon cœur enflamméTrouve enfin une sœur dedans l’objet aimé J*.

1 On ne sait point qui sont ces deux qui parlaient là-bas, et qui n’ensavaient pas plus que Phocas. Sans qu’autres que les deux, mots dursà l’oreille, cacophonie inadmissible dans le style le plus commun. ( V.)

2 Des nouveautés : ce n’est pas le mot propre; il fallait de la nou-veauté ; et cette expression eût encore été trop faible. (Y.)

3 II faut éviter cette petite méprise, et ne pas dire qu’on est muet,quand on parle ; il pouvait dire, j’ai resté jusqu'ici muet d’étonne-ment. (Y.)

4 Cela n’est pas français, c’est un barbarisme. (Y.)

3 On a déjà vu qu’il n’aimait guère. Tous les mouvements du cœursont étouffés jusqu’ici dans cette pièce sous le fardeau d’une intriguedifficile à débrouiller. Il n’était guère possible qu’au seul Corneille desoutenir l’attention du spectateur, et d’exciter un grand intérêt dansla discussion embrouillée d’un sujet si compliqué et si obscur; maismalheureusement ce Martian s’explique d’une manière si froide, si sè-che, et en si mauvais vers, qu’il ne peut faire aucune impression. fY.)