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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HÉRACLIUS.

Votre haine voit peu l’erreur de sa tendresse;

Comme elle vient de naître, elle n’est que foiblesse :La mienne a plus de force, et les yeux mieux ouverts;Et, se dût avec moi perdre tout l’univers,

Jamais un seul moment, quoi que l’on puisse faire,

Le tyran n’aura droit de me traiter de père.

Je ne refuse au fils ni mon cœur ni ma foi :

Vous l’aimez, je l’estime, il est digne de moi :

Tout son crime est un père à qui le sang l’attache;Quand il n’en aura plus, il n’aura plus de tache ;

Et cette mort, propice à former ces beaux nœuds,Purifiant l’objet, justifiera mes feux.

Allez donc préparer cette heureuse journée ;

Et du sang du tyran signez cet hyménée.

Mais quel mauvais démon devers nous le conduit?

MARTIAN.

Je suis trahi, madame; Exupère le suit.

SCÈNE IL

PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, ITLCHLRIE,CRISPE.

PHOCAS.

Quel est votre entretien avec cette princesse ?

Des noces que je veux 1 ?

MARTIAN.

C’est de quoi je la presse.

PHOCAS.

Et vous l’avez gagnée en faveur de mon fils?

MARTIAN.

Il sera son époux, elle me l’a promis.

PHOCAS.

C’est beaucoup obtenu d’une ame si rebelle.

1 Ce mot noces est de la comédie, à moins qu’il ne soit relevé parquelque épithète terrible : le reste est très tragique, et c’est ici que legrand intérêt commence. Le tyran a raison de croire que Martian sonfils est Héraclius. Voilà Martian dans le plus grand danger, et l’erreurdu père est théâtrale. (V.)