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HÉRACLIUS.
SCÈNE III*.
PHOCAS, HÉRACLIUS, MARTIAN, EXUPÈRE,
TROUPE DE GARDES.
HÉRACLIUS.
Je sais qu’en ma prière il auroit peu d’appui;
Et, loin de me donner une inutile peine,
Tout ce que je demande à votre juste haine,
C’est que de tels forfaits ne soient pas impunis 1 2 3 .
Perdez Héraclius, et sauvez votre fils :
Voilà tout mon souhait et toute ma prière.
M’en refuserez-vous 8 ?
PHOCAS.
Tu l’obtiendras entière :
Ton salut en effet est douteux sans sa mort.
MARTIAN.
Ah, prince ! j’y courrai sans me plaindre du sort ;
Son indigne rigueur n’est pas ce qui me touche :
Mais en ouïr l’arrêt sortir de votre bouche !
Je vous ai mal connu jusques à mon trépas.
HÉRACLIUS.
Et même en ce moment tu ne me connois pas.
Écoute, père aveugle, et toi, prince crédule,
Ce que l’honneur défend que plus je dissimule.
Phocas, connois ton sang et tes vrais ennemis :
Je suis Héraclius, et Léonce est ton fils.
MARTIAN.
Seigneur, que dites-vous ?
HÉRACLIUS.
Que je ne puis plus taire
1 Jusqu’ici le spectateur n’a été qu’embarrassé et inquiet ; à pré-sent il est ému par l’attente d’un grand événement. (V.)
2 Cela est dit ironiquement et à double entente, car ni Héraclius niMartian n’ont commis de forfaits. La figure de l’ironie doit être em-ployée bien sobrement dans le tragique. (V.)
3 Cet en était alors en usage dans les discours familiers, témoin cevers du Cid : 'Le roi , quand il en fait, le mesure au courage. (Y.)