Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

500

I1ÉRA.CL1US.

Que vous-même au retour vous n’en connûtes rien;

Et ces informes traits qu’à six mois a l’enfance,

Ayant mis entre nous fort peu de différence,

Le foible souvenir en trois ans s’en perdit :

Vous prîtes aisément ce qu’elle vous rendit.

Nous vécûmes tous deux sous le nom l’un de l’autre :Il passa pour son fils, je passai pour le vôtre ;

Et je ne jugeois pas ce chemin criminelPour remonter sans meurtre au trône paternel.

Mais voyant cette erreur fatale à cette vieSans qui déjà la mienne auroit été ravie,

Je mecroirois, seigneur, coupable infinimentSi je souiïrois encore un tel aveuglement.

Je viens reprendre un nom qui seul a fait son crime.Conservez votre haine, et changez de victime.

Je ne demande rien que ce qui m’est promis :

Perdez Héraclius, et sauvez votre fils 1 .

MARTtAN.

Admire de quel fils le ciel l’a fait le père,

Admire quel effort sa vertu vient de faire,

Tyran ; et ne prends pas pour une véritéCe qu’invente pour moi sa générosité.

( à Héraclius.)

C’est trop, prince, c’est trop pour ce petit serviceDont honora mon bras ma fortune propice :

Je vous sauvai la vie, et ne la perdis pas ;

Et pour moi vous cherchez un assuré trépas!

Ah! si vous m’en devez quelque reconnoissanee,

Prince, ne m’ôtez pas l’honneur de ma naissance.Avoir tant de pitié d’un sort si glorieux,

De crainte d’être ingrat, c’est m’être injurieux.

PHOCAS.

En quel trouble me jette une telle dispute!

A quels nouveaux malheurs m’expose-t-elle en butte !

1 C’est encore un refrain : on y voit peut-être encore trop d’apprêt.L’auteur se complaît à dire par ce refrain le mot de l’énigme. Je croiscependant que cette répétition est ici mieux placée que celle-ci, mûti-Crez Héraclius au peuple, laquelle revient trop souvent. La situationest très intéressante. (Y.)