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ACTE IV, SCÈNE IV.
A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l’être.
Admire sa vertu qui trouble ton repos.
C’est du fils d'un tyran que j’ai fait ce héros ;
Tant ce qu’il a reçu d’heureuse nourriture 1Dompte ce mauvais sang qu’il eut de la nature !
C’est assez dignement répondre à les bienfaitsQue d’avoir dégagé ton fils de tes forfaits.
Séduit par ton exemple et par sa complaisance.
Il t’auroit ressemblé s’il eût su sa naissance ;
Il seroit lâche, impie, inhumain comme toi 2 !
Et tu me dois ainsi plus que je ne te doi 3 .
EXUPÈRE.
L’impudence et l’orgueil suivent les impostures.
Ne vous exposez plus à ce torrent d’injures,
Qui, ne faisant qu’aigrir votre ressentiment,
Vous donne peu de jour pour ce discernement.Laissez-la-moi, seigneur, quelques moments en garde 4 ;Puisque j’ai commencé, le reste me regarde :
Malgré l’obscurité de son illusion,
1 Ce terme, nourriture, mérite d’être en usage; il est très supérieurà éducation, qui, étant trop long et composé de syllabes sourdes, nedoit pas entrer dans un vers. (Y.)
2 Remarquez que, dans le cours de la pièce, Phocas n’a été nilâche, ni impie, ni inhumain : ces injures vagues sentent trop la décla-mation ; et, encore une fois, une domestique ne parle point ainsi à unempereur dans son propre palais. Qu’il serait beau de faire sous-en-tendre toutes les injures que disent Léontine et Pulchérie, au lieu deles dire! que ce ménagement serait touchant et plein de force! Maisque ce vers est beau, c’est du fils d’un tyran que fiai fait ce héros! Ilest un peu gâté par les deux vers faibles qui le suivent. (Y.)
3 On dit indifféremment dois et doi, vois et voi, crois et croi , faiset fai, prends et pren, rends et ren, dis et di, avertis et averti; maisil n’est pas d’usage d’y comprendre, je suis, je puis , ou je peux : onne peut dir e,jepui,jepeu,je sui : et toutes les fois que la terminaisonest sans s, on ne peut y en ajouter une ; il n’est pas permis de dire, jedonnes, je soupires, je trembles. (Y.)
4 Peu de jour pour un discernement , quelques moments en garde,sont de petits défauts; le plus grand, si je ne me trompe, c’est queLéontine et cet Exupère traitent toujours un empereur éclairé et re-doutable comme on traite un vieillard de comédie qu’on fait donnerdans tous les panneaux. (Y.)