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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE II. 317

HÉRACLIUS.

Moi, la craindre, madame! Ali! je m’y suis offert.

Qu’il me traite en tyran, qu’il m’envoie au supplice,

Je suis Héraclius, je suis (ils de Maurice;

Sous ces noms précieux je cours m’ensevelir,

Et m’étonne si peu que je l’en fais pâlir :

Mais il me traite en père, il me flatte, il m’embrasse;

Je n’en puis arracher une seule menace :

J’ai beau faire et beau dire afin de l'irriter,

Il m’écoute si peu qu’il me force à douter *.

Malgré moi comme iils toujours il me regarde 1 2 ;

Au lieu d’être en prison, je n’ai pas même un garde.

Je ne sais qui je suis, et crains de le savoir;

Je veux ce que je dois, et cherche mon devoir :

Je crains de le haïr, si j’en tiens la naissance;

Je le plains de m’aimer, si je m'eu dois vengeance;

Et mon cœur, indigné d’une telle amitié,

En frémit de colère, et tremble de pitié.

De tous ses mouvements mon esprit se délie :

Il condamne aussitôt tout ce qu’il justilie.

Ea colère, l’amour, la haine, et le respect,

Ne me présentent rien qui ne me soit suspect.

Je crains tout, je fins tout; et, dans celle aventure,

Des deux côtés en vain j'écoute la nature.

Secourez donc un frère en ces perplexités.

PULCHKR1E.

Ah! vous ne l’êtes point, puisque vous en doutez 3 .

1 Cela n’a pas besoin de commentaire; mais de si basses triviali' esétonnent toujours. (Y.)

2 II faut, comme son fils. (V.)

3 C’est encore une de ces subtilités qui ne vont point au cœur, quine causent ni terreur ni trouble. I! faut, dans un cinquiime acte, autrnchose que du raisonnement; et ce raisonnement de Pu'chérie n’est pasjuste. Héraclius peut très bien douter qu’il soit fils de Maurice, et ce-pendant être son fils ; il a même les plus grandes raisons pour eudouter. Boileau condamnait hautement dans Corneille toutes ces scènesde raisonnements, et surtout celles qui refroidissent toutes les piècesqu’il fit après Héraclius.

En vain vous étalez une scène savante;

Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédir