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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HÉRACLIUS.

Celui qui, comme vous, prétend à cette gloire,

D’un courage plus ferme en croit ce qu’il doit croire.Comme vous on le flatte, il y sait résister;

Rien ne le louche assez pour le faire douter :

Et le sang, par un double et secret artilice,

Parle eu vous pour Phocas, comme en lui pour Maurice.

HÉRACUUS.

A ces marques en lui connoissez Martian ;

11 a le cœur plus dur étant fils d’un tyran.

La générosité suit la belle naissance :

La pitié l’accompagne, et la reconnoissance.

Dans cette grandeur d’ame un vrai prince affermiEst sensible aux malheurs même d’un ennemi;

La haine qu’il lui doit ne sauroit le défendre,

Quand il s’en voit aimé, de s’en laisser surprendre ;

Et trouve assez souvent son devoir arrêtéPar l’effort naturel de sa propre bonté.

Cette digne vertu de l’ame la mieux née,

Madame, ne doit pas souiller ma destinée.

Je doute; et si ce doute a quelque crime en soi,

C’est assez m’en punir que douter comme moi ;

Et mon cœur, qui sans cesse en sa faveur se flatte,Cherche qui le soutienne, et non pas qui l’abatte;

Il demande secours pour mes sens étonnés,

Et non le coup mortel dont vous m’assassinez.

PÜI.CHÉR1E.

L’œil le mieux éclairé sur de telles matièresPeut prendre de faux jours pour de vives lumières;

Et comme notre sexe ose assez promptement 1Suivre l'impression d’un premier mouvement,

Peut-être qu’en faveur de ma première idée

Un spectateur, toujours paresseux d’applaudir,

Et qui, des vains efforts de votre rhétoriqueJustement fatigué, s’endort, ou vous critique.

Ii est cependant naturel qu’Heraeüus explique ses doutes. Legranddéfaut de cette scène est, comme on l’a dit, qu’elle ne conduit à riendu tout. (V.)

1 Ces expressions de comédie, et la réflexion sur notre sexe, achè-vent de refroidir. (V.)