Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

54-8

NICOMEDE.

Mon cœur épouvanté sc rofusc à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur amoureuxTrouve la cour pour vous un séjour dangereux i.Votre marâtre y règne; et Je roi votre pèreNe voit que par ses yeux, seule la considère,

Pour souveraine loi n'a que sa volonté :

Jugez après cela de votre sûreté.

La haine que pour vous elle a si naturelle âA mon occasion encor se renouvelle 3 .

Votre frère son (ils, depuis peu de retour...

NICOMKDE.

Je le sais, ma princesse, et qu’il vous fait la cour t *.Je sais que les Romains, qui l’avoient en otage,L’ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage;Que ce don à sa mère étoîl le prix fatalDont leur Flaminius marcliandoit Annibal 5 ,

Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme,

Lustre gâte presque tous les vers où elle entre, parceqvfelîe ne sertqu’à remplir les vers, qu’elle est vague, qu’elle n’ajoute rien au sens;(V.) — Cette épithète, comme toutes les autres, a besoin d’être miseen sa place ; et alors elle enrichit ie sens au lieu de le gâter. (P.)

1 11 ne sied point à une princesse de dire qu’elle est amoureuse, etsurtout de commencer une tragédie par ces expressions qui ne con-viennent qu’à une bergère naïve. Nous avons observé ailleurs qu’unpersonnage doit faire connaître ses sentiments sans les exprimer gros-sièrement : il faut qu’il découvre son ambition sans qu’il ait besoin dedire, je suis ambitieux ; sa jalousie, sa colère, ses soupçons, et qu’il nedise pas , je suis colère , je suis soupçonneux, jaloux, à moins que cene soit un aveu qu’il fasse de ses passions. (Y.)

2 L’inversion de ce vers gâte et obscurcit un sens clair, qui est lahaine naturelle qu’elle a pour vous. Que Racine dit la même Chosebien plus élégamment !

Des droits de scs enfants une mère jalousePardonne rarement an fils d’une autre épouse. Y.)

3 A mon occasion est de la prose rampante. (V.)

Faire la cour , dans cette acception, est banni du style tragique ;ma princesse est devenu comique, et ne l’était point alors. (V.)

S Cette expression populaire, marchandait, devient ici très éner-gique et très noble, par l'opposition du grand nom d’Aunibal qui inspiredu respect. On dirait très bien, meme en prose, cet empereur, aprèsavoir marchandé la couronne, trafiqua du sang des nations ; niais ce