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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I. -i!)

S'il n’eût par le poison lui-même évité Rome 1,

Et rompu par sa mort les spectacles pompeux 4Où l'effroi île son nom le deslinoit chez eux.

Par mon dernier combat je voyois réunieLa Cappadoce entière avec la Bithynie,

Lorsqu’à cette nouvelle, enflammé de courrouxD’avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous.

J’ai laissé mon année aux mains de Théagène,

Pour voler en ces lie.;x au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin, madame, et je le voi,

Puisque Flaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause,

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter,

Pour aider à mon frère à vous persécuter 3 .

. LAODICE.

Je ne veux point douter que sa vertu romaineN’embrasse avec chaleur l’intérêt de la reine :

Annibal, qu’elle vient de lui sacriüer,

don dont leur Flaminius n’est ni harmonieux ni français ; on ne mar-chande point d’un don. (Y.)

1 Éviter une ville par le poison est une espèce de barbarisme ; ilveut dire., éviter par le poison la honte d'être livré aux Romains,/'opprobre qu’on lui destinait à Rome. (Y.) — Ici nous voyons unebeauté au lieu du barbarisme que Voltaire veut y voir. Il nous semblequ’en dérogeant un peu à l'exactitude que pourroit exiger la prose.Corneille exprime avec tout le IVu, toute la vivacité et toute la pré-cision d’un poete, ce que redoutoit Annibal, et ce qu’il voulut éviterIl s’agit dos affronts que lui préparoientles Romains, et non de la villede Rome. Lorsque, dans la Hcnriade, Yoltaire fait dire à Henri ÎY,

Je ne décide point cuire Genève et Rome,

ce n’est point une ridicu'c comparaison de ville à ville que ce princeveut faire; il veut parler des deux religions dont ces villes sont lesmétropoles. (P.)

2 Rompre des spectacles n’est pas français. Par une singularitécommune à toutes les langues, <m interrompt des spectacles, quoiqu’onne les rompe pas ; on corrompt le go'it, on ne le rompt pas. Souventle composé est en usage, quand le simple n’est pas admis : il y en amille exemples. (Y.)

3 Aider à quelqu'un est une expression populaire : aidez-lui à.marcher ; il faut, pour aide* mon frère. (V.)