Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

r>50 NICOMÈDE.

L’engage en sa querelle, et m’en fait défier L

Mais, seigneur, jusqu’ici j’aurois tort de m’en plaindre :

Et, quoi qu’il entreprenne, avez-vous lieu de craindre ?

Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,

S’il faut votre présence à soutenir ma foi s ,

Et si je puis tomber en cette frénésieDe préférer Attale au vainqueur de l’Asie;

Attale, qu’en otage ont nourri les Romains,

Ou plutôt qu’en esclave ont façonné leurs mains,

Sans lui rien mettre au cœur qu’une crainte servileQui tremble à voir un aigle, et respecte un édile 1 2 3 !

NICOMEDE.

Plutôt, plutôt la mort, que mon esprit jalouxForme des sentiments si peu dignes de vous!

Je crains la violence, et non votre foiblesse;

El si Rome une fois contre nous s’intéresse 4 ... •

LAODICE.

Je suis reine, seigneur; et Rome a beau tonner,

Elle ni votre roi n’ont rien à m’ordonner;

Si de mes jeunes ans il est dépositaire,

C’est pour exécuter les ordres de mon père :

Il m’a donnée à vous, et nul autre que moi

1 À quoi se rapporte cet en î Me fait défier n’est pas français : ilvent dire, me donne des soupçons sur elle , me force à me défier d'elle,(V.) —Nous convenons que Corneille auroit dû s’exprimer plus claire-ment, mais nous croyons que Voltaire se trompe en appliquant à lareine ce que Laodice dit de Flaminius. Il est bien vrai que Laodicedoit se défier de cette princesse dont elle connoît l’inimitié pour Nico-mede ; cependant ici c’est Flaminius, et non la reine, qui lui donne dusoupçon. (P.)

2 Une présence à soutenir la foi n’est pas français ; on dit, il faut,soutenir, et non à soutenir. (V.) — La faute est d’avoir dit : s’il fautvotre présence a soutenir, au lieu de pour soutenir. (P.)

3 ha crainte qui tremble paraît une expression faible et négligée»un pléonasme. Ce vers est très beau :

Qui tremble à voir un aigle,, et respecte un édile. (V.)

* On se ligue, on entreprend, on agit, on conspire contre , mais ons’intéresse pour. On peut dire, Rome est intéressée dans un traitécontre nous; contre tombe alors sur le traité: cependant je crois qu’onpeut dire en vers, s'intéresse contre nous: c’est une espèce d’ellipse.

(V.)