Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

NICOMEDE.

532

J’ai besoin que le roi, qu’elle-même vous craigne.Uctournez à l’armée, eî, pour me protéger,

Montrez cent mille bras tout prêts à me venger.

Parlez la force en main, et hors de leur atteinte :

S’ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte 1 ;

Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,

Ni sur l’éclat d’un nom cent et cent fois vainqueur 2 ;Quelque haute valeur que puisse être la vôtre 3 ,

Vous n’avez en ces lieux que deux bras comme un autre \Et, fussiez-vous du inonde et l’amour et l'eifroi,Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.

Je vous le dis encor, retournez à l’armée,

Ne montrez à la cour que votre renommée;

Assurez votre sort pour assurer le mien ;

Faites que l’on vous craigne, et je ne craindrai rien.

quand la force de l’expression la fait pardonner. (V.)— L’exactitmlovouloit qu’on ne me contraigne; mais ce que Voltaire étab’it ici enprincipe général seroit sujet a beaucoup d’exceptions. Il nous étuistombé sous les yeux une petite brochure très bien faite, dans laquelleon reprochoit à Voltaire quelques unes des inexactitudes de son com-mentaire, et nous nous rappelons que l'on y citoit plusieurs exemplesqui prouvent que ce qu’il établit ici en principe n’est rien moins quecertain. Voici, entre autres, une phrase dont nous croyons nous ressou-venir, où le ne latin n’est pas employé, et qui n’en exige pas moins iene françois dans sa traduction. Non dubito quin me, ames, je nedoute pas que vous ne m’aimiez. L’auteur en rapportoitbeaucoup d’au-tres qui ne nous sont plus présentes ; mais les dictionnaires en fourni-raient une foule d’exemples encore plus décisifs. (P.)

1 S’ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte,

n’est pas français, et n’a de sens en aucune langue ; il veut dire, toutest sur ■pour eux; ils n'ont rien à craindre; ils sont martres de tout;ils peuvent tout; tout les rassuré. (V )

2 Un nom n’est pas vainqueur, à moins qu’on n’exprime que la ter-reur seule de ce nom a tout fait ; on dit alors noblement, son nom seula vaincu. II ne faut jamais se servir de ces mots inutiles, cent et centfois. (V.)

3 Ce vers est défectueux. Il est vrai qu’il n’était pas facile; mais cesont ces mêmes difficultés qui, lorsqu’elles sont vaincues, rendent labelle poésie si supérieure à la prose. (V.)

4 Voilà de ces vers de la basse comédie qu’on se permettait tropsouvent dans le style noble. (V.)