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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I. 535

NICOMÈDE.

Retourner à l’armée! ali! scellez que la reineLa sème d’assassins achetés par sa haine.

Deux s’y sont découverts, que j’amène avec moiAfin de la convaincre et détromper le roiQuoiqu’il soit son époux, il esl encor mon père;

Et quand il forcera la nature à se taire,

Trois sceptres à son trône attachés par mon brasParleront au lieu d’elle, et ne se tairont pasQue si notre fortune à ma perte animéeLa prépare à la cour aussi bien qu’à l’armée,

Dans ce péril égal qui me suit en tous lieux,M’envierez-vous l’honneur de mourir à vos yeux?

LAODICE.

Non, je ne vous dis plus désormais que je tremble,

Mais que, s’il faut périr, nous périrons ensemble.

Armons-nous de courage, et nous ferons tremblerCeux dont les lâchetés pensent nous accabler.

Le peuple ici vous aime, et hait ces cœurs infames;

Et c’est être bien fort que régner sur tant d’ames.

Mais votre frère Attale adresse ici ses pas.

NICOMÈDE.

Il no m’a jamais vu; ne me découvrez pas 1 2 3 .

1 Iî faut, pour l’exactilude, et de détromper ; mais cette licence estsouvent très excusable en vers : il n’est pas permis de la prendre enprose. (V.)

2 Toutemétaphore, comme on l’a dit, pour être bonne, doit être uneimage qu’on puisse peindre : mais comment peindre trois sceptres qu’i.nbras attache à un trône, et qui parient! D’ailleurs, puisque les sceptresparleront, il est clair qu’ils ne sp tairont pas. Ces sortes de pléonasmessont les plus vicieux ; ils retombent quelquefois dans ce qu’on appelle lestyle niais : Hélas ! s’il n'était pas mort. il serait encore en vie. | V.}

3 II serait mieux, à mon avis, que Nicomède apportât quelque rai-son qui fit voir qu’il ne doit pas être reconnu par son frère avantd’avoir parlé au roi. Il semble que Nicomèdeveuil'e seulement sc pro-curer ici le plaisir d’embarrasser son frère, et que l’auteur ne songeqn’à ménager une de ces seines thé’tra'es. Celle-ci est plutôt de lahaute c médie que de la tragédie ; e le est attachante, et, quoiqu’ellene produise rien dans la pièce, elle fait plaisir. \ V.)