ACTE I, SCÈNE II. r>;»-
NÏCOMÈDE.
Soigneur, je crains pour vous qu’un Romain vous écoute 1 ;|Et si Rome savoil de quels feux vous brûlez,
Bien loin de vous prêter l’appui dont vous parlez,
Elle s'indignerait de voir sa créatureA l’éclat de son nom faire une telle injure,
Et vous dégraderait peut-être dès demainDu titre glorieux de citoyen romain.
Vous l’a-t-elle donné pour mériter sa haineEn le déshonorant par l’amour d’une reine?
Et ne savez-vous plus qu’il n’est princes ni roisQu’elle daigne égaler à ses moindres bourgeois 2?
Pour avoir tant vécu chez ces cœurs magnanimes,
Vous en avez bientôt oublié les maximes.
Reprenez nn orgueil digne d’elle et de vous ;
Remplissez mieux un nom sous qui nous tremblons tous:
Et, sans plus l’abaisser à celte ignominieD'idoititrer en vain la reine d’Arménie,
Songez qu’il faut du moins, pour toucher votre cœur,
La fdlc d’un tribun ou celle d’un préteur;
Que Rome vous permet cette haute alliance,
Dont vous aurait exclu le défaut de naissance,
Si l’honneur souverain de son adoptionNe vous autorisoit à tant d’ambition.
Forcez, rompez, brisez de si houleuses chaînes;
Aux rois qu’elle méprise abandonnez les reines;
Et concevez enlin des vœux plus élevés,
Pour méi’iter les biens qui vous sont réservés.
1 A’oyez la remarque ci-dessus. C’est encore une expression dedoute, et la négation ne est nécessaire : je crains qu’un Romain nevous écoute; mais, en poésie, on peut se dispenser de cette règm.
(V.l
2 Bourgeois ; cette expression est bannie du style noble. Elle yétait admise à Rome, et l’est encore dans les républiques : le droit debourgeoisie, le titre de bourgeois. Elle a perdu chez nous de sa dignité,peut-être pareeque nous ne jouissons pas des droits qu’elle exprime.Un bourgeois, dans une république, est en général un homme capablede parvenir aux emplois ; dans un Etat monarchique, c’est un hommedu commun. Aussi ce mot ést-ii ironique dans la bouche de Nicomède,tu il n’ôte rien à la noble fermeté de son discours. {V.l