ACTE I, SCÈNE V. ST,
Et de ton heureux sort laisse-moi la conduite.
ATTALE.
Mais, madame, s’il faut...
ARSIN’OÉ.
Va, n’appréhende rien;
Et, pour avancer tout, hâte cet entretien.
SCÈNE V.
ARSINOÉ, CI. K O NE.
GLEONE.
Vous lui cachez, madame, un dessein qui le louche!
ARSINOÉ.
Je crains qu’en l'apprenant son cœur ne s’effarouche ;
Je crains qu’à la vertu par les Romains instruit,
De ce que je prépare il ne m’ôte le fruit,
Et ne conçoive mal qu’il n’est fourbe ni crimeQ’un trône acquis par là ne rende légitime V
CLÉONE.
J’aurois cru les Romains un peu moins scrupuleux.
Et la mort d’Annibal m’cîlt Lit mal juger d’eux.
ARSINOÉ.
Ne leur impute pas une telle injustice;
Un Romain seul Ta faite, et par mon artifice.
Rome l’eût laissé vivre, et sa légalité 1 2N’efit point forcé les lois de l’hospitalité.
Savante à ses dépens de ce qu’il savoit faire 3 ,
1 Ces derniers vers sont de la conversation la plus négligée, et cesentiment est intolérable. On retrouve le même défaut toutes les foisque Corneille fait raisonner un prince, un ministre : tous disent qu’ilfaut être fourbe et méchant pour régner. On a déjà remarqué que ja-mais homme d’État ne parle ainsi. Ce défaut vient de ce qu’il est trèsdifficile de ménager ses expressions, et de faire entendre avec art deschoses qui révoltent. C’est une grande imprudence et une grande bas-sesse dans une reine, de dire qu’il faut être fourbe et criminel pour ré-gner. Un trône acquis par là est une expression de comédie. (V.)
2 Légalité n’a jamais signifié justice, équité, magnanimité; il si-gnifie authenticité d’une loi revêtue des formes ordinaires. (V.)
3 Savante de est un barbarisme : savante, savait , répétition fa.u-»tive. (Y.)