NICOMEDE.
Elle le souffroil mal auprès d’un adversaire ;
Mais quoique, par ce triste et prudent souvenir,
De chez Antiochus 1 elle l’ail fait bannir,
Elle auroit vu couler sans crainte et sans envieChez un prince allié les restes de sa vie.
Le seul Flaminius, trop piqué de l'affrontQue son père défait lui laisse sur le front;
Car je crois que tu sais que, quand l'aigle romaine sVit choir 3 ses légions au bord du Trasimène,
Flaminius son père en était général 4 ,
Et qu’il y tomba mort de la main d'Annibal;
Ce (ils donc, qu’a pressé la soif de la vengeance 5 ,
S’est aisément rendu de mon intelligence 6 :
L’espoir d’en voir l’objet 7 entre ses mains remis
1 Expression trop basse, de chez lui , de chez nous. (V.)
2 Tout écrivain doit éviter ces amas de monosyllabes qui se heur-tant, car, que , quand: mais ce qu’on doit le plus éviter, c'est de diresa confidente ce qu’elle sait; ce tour n’est pas assez adroit. (V.)
3 Choir, expression absolument vieille. (V.)
V Corneille donne ici, contre la vérité historique, l’exemple d’unelicence qui, à ce que nous croyons, ne doit jamais être imitée. Le Fla-minius qu’il introduit dans sa pièce n’étoit point du tout, comme il lesuppose, fils du général qui fut vaincu, et qui périt à la journée deTrasimène. Ces deux Flaminius n’avoient pas même une origine com-mune. Celui qui combattit contre Annibal se nommoit Caius Flami-nius, et sa famille étoit plébéienne ; l’autre, patricien de naissance, senommoit Titus Quintus, et fut en effet député à la cour de Prusias,pour y demander, au nom des Romains, Annibal, qui s’étoit réfugié«hez ce prince. Corneille, quoique très instruit, fut trompé, selontonte apparence, par la conformité des noms ; et ce qui nous le per-suade, c’est que, lorsqu’il se permet de donner volontairement quelqueatteinte à la vérité de l’histoire, il ne le dissimule jamais dans l’examende ses pièces, et qu’il y rend compte des motifs qui ont pu l’autoriserà se donner cette licence; mais on ne trouve rien, ni dans la préface,ni dans l’examen de Nicomède , qui prouve que Corneille ait cruprendre ici quelque liberté. (P.)
5 Cacophonie qu’il faut éviter encore, donc qu’a. (V.)
6 S’est aisément rsndu de mon intelligence
n’est pas français ; on est en intelligence, on se rend du parti de quel-qu’un. (V.)
~ Il faqt un effort pour deviner quel est cet objet : c’est, par Taphrase, l’objet de leur intelligence ; par le sens, c’est Laodice. La pre-