ACTE I, SCÈNE V. 365
A pratiqué par lui le bonheur de mon fils;
Par lui j’ai jeté Rome en haute jalousie 1De ce que Nicomede a conquis dans l’Asie,
Et de voir Laodice unir tous ses États,l'ar l’hymen de ce prince, à ceux de Prusias :
Si bien que le sénat prenant un juste ombrageD’un empire si grand sous un si grand courage,
Il s'en est fait nommer lui-même ambassadeur 2 ,
Pour rompre cet hymen, et borner sa grandeur;
Et voilà le seul point où Rome s’intéresse
CI.E0NE.
Attale à ce dessein entreprend sa maîtresse 4 !
Mais que n’agissoit Rome avant que le retour
mière loi est d’être clair ; il ne faut jamais y manquer. ( V ) — Voltaire*se trompe évidemment. Objet ne se rapporte point à Laodice, mais àvengeance, qui n’est pas assez loin pour jeter la moindre obscurité surla phrase. Flaminius espéroit de voir Y objet de sa vengeance (Annibal,qui a tué son père) remis entre ses mains: tel est le sens très clair deCorneille. (P.)
1 Par lui j’ai jeté Rome en haute jalousie
n’est pas français; on inspire de lajalousie, onia fait naître : la ja-lousie ne peut être haute ; elle est grande, elle est violente, soupçon-neuse, etc. ( V.)
2 Cet il se rapporte au prince Attale ; mais il en est trop loin : celarend la phrase obscure, de même que borner sa grandeur : il sembleque ce soit la grandeur de l’hymen. Les articles, les pronoms malplacés, jettent toujours de l’embarras dans le style : c’est le plus grandinconvénient de la langue française, qui est d’ailleurs si amie de laclarté. (V.) — Autre inadvertance du même genre. Cet il ne peut serapporter qu’à Flaminius, qui s’est fait nommer ambassadeur à la courde Prusias. (P.)
3 Pourquoi Arsinoé dit-elle tout cela à une confidente inutile! Cléo-pâtre, dans Rodogune , tombe dans le même défaut. La plupart desconfidences sont froides et déplacées, à moins qu’elles ne soient néces-saires : il faut qu’un personnage paraisse avoir besoin de parler, etnon pas envie de parler. (V )
* On entreprend de faire quelque chose, ou bien on entreprend quel-que chose ; mais on n’entreprend p; s quelqu’un : cela ne se pourraitdire à toute force que dans le bas comique, et encore c’est dans unautre sens; cela veux dire attaquer, demander raison , embarrasser,faite querelle. Ce vers n’est pas français. (V.)