57* NICOMÈDE.
L’intérêt de l’État vous doit seul regarder 1 2 3 4 .
Prcnez-en aujourd’hui la marque la plus haute 2 * * :
Mais gardez-vous aussi d’oublier votre faute;
Et, comme elle fait brèche au pouvoir souverain 8 ,
Pour la bien réparer, retournez dés demain.
Remettez en éclat la puissance absolue 4 :
Attendez-la de moi comme je l’ai reçue,
Inviolable, entière; et n’autorisez pas
De plus méchants que vous à la mettre plus bas 5 .
Le peuple, qui vous voit, la cour, qui vous contemple,,
Vous désobéiront sur votre propre exemple :
Donnez-lenr-en un autre; et montrez à leurs yeuxQue nos premiers sujets obéissent le mieux.
NICOMÉDK.
,1’obéirai, seigneur, et plus tôt qu’on ne pense;
Mais je demande un prix de mon obéissance.
La reine d’Arménie est due à ses États,
Et j’en vois les chemins ouverts par nos combats.
Il est temps qu’en son ciel cet astre aille reluire6 :
De grâce, accordez-moi l’honneur de l’y conduire.
PRUSIAS.
Il n’appartient qu’à vous, et cet illustre emploiDemande un roi lui-même, ou l’héritier d’un roi ;
Mais pour la renvoyer jusqu'en son Arménie,
1 Seul semble dire que Prusias abdique; et il est si loin d’abdiquer,qu’il vient de menacer son fils. C’est trop se contredire. ( V.)
2 La marque haute ! (V.)
3 Cette expression /aire brèche n’est plus d’usage : ce n’est pas quel’idée ne soit noble; mais en français, toutes les fois que le mot faire
n’est pas suivi d’un article, il forme une façon de parler proverbialetrop familière. Faire assaut, faire force de voiles, faire, de nécessite
vertu, faire ferme,/aire brèche, faire halte, etc. ; toutes expressionsbannies du vers héroïque. (V.)
Comme on ne met rien en éclat, on n’y remet rien ; on .donne dol’éclat, on met en lumière, en évidence, en honneur, en son jour, .
* Cette manière de s’exprimer n’est plus d’usage, et n’a jamais faitun bon effet. Remarquez que bas est un adverbe monosyllabe ; nefinissez jamais un vers par bas, à bas, plus bas , haut, plus haut, (V.j
8 Çette métaphore est vicieuse, en ce qu’elle suppose que cet astrede Laodice est descendu du ciel en terre. {"V.J