ACTE II, SCÈNE III, 579
Qu’il règne avec éclat sur sa propre conquête,
Et que de sa victoire il couronne sa tête.
Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant,
S'il daigne s’en servir, être son lieutenant.
L’exemple des Romains m'autorise à le faire 1 ;
Le fameux Scipion le fut bien de son frère;
Et lorsque Antiochus fut par eux détrôné,
Sous les lois du plusjeuue on vit marcher l’aîné.
Les bords de l’Hellespont, ceux de la mer Égée,
Le reste de l’Asie à nos côtés rangée 2 ,
Offrent une matière à son ambition...
FLAMINIUS.
Rome prend tout ce reste en sa protection ;
Et vous n’y pouvez plus étendre vos conquêtesSans attirer sur vous d’effroyables tempêtes.
NICOMÈDE.
J’ignore sur ce point les volontés du roi :
Mais peut-être qu’un jour je dépendrai de moi ;
Et nous verrons alors l'effet de ces menaces.
Vous pouvez cependant faire munir ces places,
Préparer un obstacle à .mes nouveaux desseins,
Disposer de bonne heure un secours de Romains;
Et si Flaminius en est le capitaine 3 ,
armée, qui n’est qu’à un vers de distance? TCe croiroit-on pas que Vol-taire, au Heu d’éclaircir le texte tee qui étoit le devoir d’un commen-tateur), se plaisoit au contraire à l'embrouiller? (P.)
1 On a déjà dit que cette expression ne doit jamais être admise :elle est ici vicieuse, pareeque le faire se rapporte à être, et signifie à»la lettre, faire son lieutenant. (V.)
2 Voltaire, après avoir lu dans une mauvaise édition
Le reste de l’Asie à nos côtes rangée,
critique ce vers de la manière suivante : « On dit ranger les cotes,mais non rangée- aux côtes, pour située ; c’est un barbarisme, n
3 Ce n’est pas le même Flaminius, mais l’insulte n’en est pasmoindre. (V.) — L’ambassadeur Flaminius n’est pas, à la vérité, lefils de ce Flaminius qui combattit si malheureusement à Trasimène :et c’est ce que Voltaire auroit dû expliquer plus tôt et plus claire-ment : mais le spectateur le suppose avec Corneille ; et, si l'on admetla supposition, l’ironie devient non-seulement accablante, mais nousn’en connoissons pas dans notre langue qui ait autant de force et denoblesse. P.)