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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE ir, SCÈNE III. 38T»

Et, puisque leur partage est pour vous un supplice,

Rome n'a pas dessein de vous faire injustice.

Ce prince régnera sans rien prendre sur vous.

(à Prusias.)

La reine d’Arménie a besoin d’un époux :

Seigneur, l’occasion ne peut être plus belle;

Elle vit sous vos lois, et vous disposez d’elle.

NICOMÈDE.

Voilà le vrai secret de faire Attale roi,

Comme vous l’avez dit, sans.rien prendre sur moi.

La pièce est délicate 1 , et ceux qui l’ont tissueA de si longs détours font une digne issue.

Je n’y réponds qu’un mot, étant sans intérêt 2 . .

Traitez cette princesse en reine, comme elle est 3 :

Ne touchez point en elle aux droits du diadème;

Ou pour les maintenir je périrai moi-même.

Je vous en donne avis, et que jamais les rois, ;

Pour vivre en nos États, ne vivent sous nos lois;

Qu’elle seule en ces lieux d’elle-même dispose.

PUÜSIAS.

N’avez-vous, Nicomede/ à lui dire autre chose 4 ?

NICOMÈDE.

Non, seigneur,, si ce n’est que la reine, après tout,

Sachant ce que je puis, me pousse trop à bout 8 .

1 Le mot de pièce ne dit point là ce que l’auteur a préten dudire > c’estd’ailleurs une expression populaire, lorsqu’elle signifie intrigue. (Sf.\

2 Comment peut-il dire qu’il est sans intérêt, après avoir dit publi-quement, au premier acte, que Laodice est sa maîtresse, qu’il n’aquitté l’armée que pour venir prendre sa défense! Voudrait-il cacherson amour à Flaminius,. et le tromper! un tel dessein convient-il à lafierté du caractère de Nicomède ! Flaminius ne doit-il pas êtreinstruit! (V.)

3 II faut comme elle l'est, pour l’exactitude ; mais comme elle Vestserait encore plus mauvais. (Y.)

* Cette interrogation de Prusias, qui n’a rien dit pendant le coursde cette scène, n’a-t-elle pas quelque chose de comique! (V.)

5 Cette expression est encore comique, ou du moins familière; Ra-cine s’en est servi dans Bajazet :

Poussons à bout l’ingrat.

Mais le mot ingrat, qui finit la phrase, la relève. Ce sont de petitesnuances qui distinguent souvent le bon du mauvais. {Y.)