594 NICOMEDE.
Si le grand Annibal n’avoit qui lui succède,
S’il ne revivoît pas au prince Nicomède,
Et s’il n’aYoit laissé dans de si dignes mainsL’infaillible secret de vaincre les Romains.
Un si vaillant disciple aura bien le courageD’en mettre jusqu’au bout les leçons en usage :
L’Asie en fait l’épreuve, où trois sceptres conquisFont voir en quelle école il en a tant appris 1 .
Ce sont des coups d’essai, mais si grands que peut-êtreLe Capitole a droit d'en craindre un coup de maître 2 ,
Et, qu’il ne puisse un jour...
FLAMINIUS.
Ce jour est encor loin,
Madame, et quelques uns vous diront, au besoin,
Quels dieux du haut en bas renversent les profanes 3 ,
Et que, même au sortir de Trébie et de Cannes,
Son ombre épouvanta votre grand Annibal.
cheville, malheureusement amenée par la rime,-comme on l'a déjà re-marqué tant de fois. (Y.)
1 Le mot école est du style familier ; mais, quand il s’agit d’un dis-ciple d’Annibal, ces mots disciple, école , etc., acquièrent de la gran-deur. Il ne faut pas répéter trop ces figures. (Y.)
2 Coup d’essai, coup de maître, figure employée dans la Cul , etqu’il ne faudrait pas imiter souvent. (Y.)
3 Du haut en bas , qui n’est mis là que pour faire le vers, ne peutêtre admis dans la tragédie. Les dieux et les profanes ne sont pas lànon plus à leur place. Un ambassadeur ne doit pas parler en poète •un poète même ne doit pas dire que son sénat est composé de dieux»que les rois sont des profanes, et que l’ombre du Capitole fit tremblerAnnibal. Un très grand défaut encore est ce mélange d’enflure et defamiliarité : Quelques uns vous diront au besoin quels dieux, duhaut en bas renversent les profanes! Ce style est entièrement vicieux.
V.) — Où Voltaire prcnd-il que Flaminius veut parler du sénat de'Rome, lorsqu’il dit que les dieux renversent les profanes qui osent sepromettre d’asservir le Capitole ! Il parle évidemment des dieux à quile Capitole étoit dédié, de ses dieux protecteurs qui le défendirentcontre les Gaulois, lorsque ces barbares se croyoient déjà maîtres deRome. Par une figure hardie, et qui tient même du sublime, il sup-pose qu’après les journées malheureuses de Trébie et de Cannes»Pombre seule de ce Capitole, si révéré des Romains, suffît pour ef-frayer Annibal, qui véritablement, malgré ses victoires, n’osa s’avancerau delà de Capoue. (P.)-