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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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NICOMÈDE.

NICOMÈDE.

Non, non; j'ai quelque chose aussi bien à vous dire 1 ,

Prince. J’avois niis lias, avec le nom d’aîné,

L'avantage du trône où je suis destiné;

Et voulant seul ici détendre ce que j'aime,

Je vousavois prié de l’attaquer de môme,

Et de ne mêler point surtout dans vos desseinsNi le secours du roi, ni celui des Romains*.

Mais, ou vous n'avez point la mémoire fort bonne,

Ou vous n’y mettez rien de ce qu’on vous ordonne 3 .

ATTALE.

Seigneur, vous me forcez à m’en souvenir mal,

Quand vous n’aclievez pas de rendre tout égal.

Vous vous défaites bien de quelques droits d’aînesse;

Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse,

De toutes les vertus qui vous en font aimer,

Des hautes qualités qui savent tout charmer,

De trois sceptres conquis, du gain de six batailles,

Des glorieux assauts de plus de cent murailles 4 ?

Avec de tels seconds rien n’est pour vous douteux.

* Non-seulement dans une tragédie on ne doit point avoir aussi bienà dire quelque chose, mais il faut, autant qu’on peut, dire des chosesqui tiennent lieu d’action, qui nouent l’intrigue, qui augmentent laterreur, qui mènent au but : une simple bravade, dont on peut Bi-passer, n’est pas un sujet de scène. (V.)

2 Ces deux ni avec point ne sont pas permis; les étrangers y doi-vent prendre garde. Je n’ai point ni crainte ni espérance, c’est unbarbarisme de phrase ; dites, je n’ai ni crainte ni espérance. (V.)

3 Ces deux vers, ainsi que le dernier de cette scène, sont une ironieamère qui peut-être avilit trop le caractère d’Attale, que Corneille ce-pendant veut rendre intéressant. Il parait é onnant que Nicomèdemette de la grandeur d ame à injurier tout le monde, et qu’Attale, quiest brave et généreux, et qûi va bientôt en donner des preuves, ait lacomplaisance de le souffrir. Plus on examine cette pièce, plus on trouvequ’il fallait l’intituler comédie, ainsi que don Sanche d'Aragon.

.De ce qu'on vous ordonne,

est trop fort, et ne s’accorde pas avec le mot deprière. (V.)

* On ne se défait pas d’un gain de bataille et d’un assaut : le motde se défaire, qui d’ailleurs est familier, convient à des droits d'aînesse ;mais il est impropre avec des assauts et des batailles gagnées. (V.)