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NICOMEDE.
ATTALE
Mais, madame...
ARSINOÉ.
Eli bien ! soit, je veux qu’elle se rende :Prévois-tu les malheurs qu’ensuite j’appréhende?
Sitôt que d’Arménie elle t’aura fait roi,
Elle t’engagera dans sa haine pour moi.
Mais, ô dieux! pourra-t-elle y borner sa vengeance?Pourras-tu dans son lit dormir en assurance?
Et refusera-t-elle à son ressentiment
Le fer ou le poison pour venger son amant ' ?
Qu’est-ce qu’en sa fureur une femme n’essaie?
ATTALE.
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie 2 !
Rome, qui n’aime pas à voir un puissant roi,
L’a craint en Nicomede, et le craindrait en moi.
Je ne dois plus prétendre à l’hymen d’une reine,
Si je ne veux déplaire à notre souveraine;
Et puisque la fâcher ce serait me trahir,
Afin qu’elle nie souffre, il vaut mieux obéir.
Je sais par quels moyens sa sagesse profondeS’achemine à grands pas à l’empire du monde.
Aussitôt qu’un État devient un peu trop grand,
Sa chute doit guérir l’ombrage qu’elle eu prend 3 .
C’est blesser les Romains que faire une conquête,
Que mettre trop de bras sous une seule tête * ;
Et leur guerre est trop juste après cet attentatQue fait sur leur grandeur un tel crime d'État 8 .
Eux, qui pour gouverner sont les premiers des hommes,Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous sommes,Veulent sur tous les rois un si haut ascendant
t Quelle idée! pourquoi lui dire que sa femme l’empoisonnera out'assassinera t (V.)
2 Ce n’est pas elle qui cache la vraie raison ; ce qu’il dit à sa mèrene doit être dit qu’à Flaminius : ce n’est pas assurément sa mère quicraint qu’Attale ne soit trop puissant. (V.|
3 On ne guérit point un ombrage : cette expression est impropre. (VJt Mettre des bras sous une tête ! (V.}
5 Un attentat qu'un crime d'Etat fait sur une grandeur , c’est à lafois un solécisme et un barbarisme. (V.)