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NICOMEDE.
Il suit toujours son but jusqu’à ce qu’il l’emporte 1 ;Le premier sang versé rend sa fureur plus forte;
Il l’amorce, il l’acharne, il en éteint l’horreur,
Et ne lui laisse plus ni pitié ni terreur.
SCÈNE V.
PRUSIAS, FLAMINIUS, ARSINOÉ, ATTALE, CLEONE.ARASPE.
ARASPE.
Seigneur, de tous côtés le peuple vient en foule;
I)e moment en moment votre garde s’écoule;
Et, suivant les discours qu’ici même j’entends,
Je n’en puis plus répondre.
PRUSIAS.
Allons, allons le rendre,Ce précieux objet d’une amitié si tendre.
Obéissons, madame, à ce peuple sans foi,
Qui, las de m’obéir, en veut faire son roi ;
Et du haut d’un balcon, pour calmer la tempête.
Sur ses nouveaux sujets faisons voler sa tête.
ATTALE.
Ah, seigneur!
PRUSIAS.
C’est ainsi qu’il lui sera rendu :
A qui le cherche ainsi, c’est ainsi qu’il est dû.
ATTALE.
Ah ! seigneur, c’est tout perdre, et livrer à sa ragefout ce qui de plus près touche votre courage * ;Et j’ose dire ici que Votre MajestéAura peine elle-même à trouver sûreté.
dures que parcequ’il les a crus apostés par elle ; si on a tué ses com-plices, elle doit trembler pour elle-même. Il est beau de présenter aupublic une reine intrépide, mais il faut qu’elle soit assez éclairée pour-connaître son danger. (V.)
î On n’emporte point un but, on n’éteint point une horreur : toujoursdes termes impropres et sans justesse. (V.)
* Expression vicieuse. (V.)